Culture

INTERVIEW. “Saint-Tin et son ami Lou” par Gordon Zola, à la recherche d’une filiation avec Tintin

BANDE-DESSINÉE. Du 28 au 30 octobre 2016, le festival Quai des Bulles nous ouvrait ses portes à Saint-Malo pour sa 36e édition. Worldzine est allé à la rencontre de plusieurs artistes. Gordon Zola, l’auteur de la série littéraire parodique « Saint-Tin et son ami Lou », a répondu à nos questions. Assis à son stand, l’homme exposait fièrement ses romans, aux titres pastichés tels que “Le crado pince fort” ou “Le spectre du tocard”.

Worldzine : Vous avez de nombreux ouvrages à votre actif. Saint-Tin et son ami Lou, par exemple. Vous pouvez nous en dire plus sur cette œuvre ?

Gordon Zola : Les aventures de Saint-Tin et son ami Lou, ce sont les aventures du fils présumé de Tintin. J’ai créé il y a quelques années, en 2008 exactement, une série romanesque totalement délirante qui raconte les aventures du fils présumé de Tintin. Il y a 24 romans. Chaque roman est une parodie de l’album. Le fil rouge de la série c’est la quête de la mère. Saint-Tin, qui est un journaliste contemporain persuadé d’être le fils de Tintin, cherche la preuve de sa filiation en revivant toutes ses aventures. C’est une sorte de relecture totalement loufoque et burlesque de l’oeuvre de Tintin.

Vous vous inspirez nettement des aventures de Tintin. D’où vous est venue cette idée ?

Je faisais du roman policier humoristique, que j’appelle du « poilar ». Du poilar poilant, du roman historico-déconnant… En travaillant ça, je cherchais un travail de plus longue haleine, qui pourrait me porter sur plusieurs années. J’ai cherché une œuvre à parodier et j’en ai trouvé deux exactement. La première c’est Tintin, qui est une œuvre qui parlait à tout le monde sur au moins trois générations. Une œuvre forte du 20e siècle. La deuxième œuvre, que je commence dès à présent, c’est James Bond, qui va bientôt arriver sur le marché. Pour Saint-Tin, l’idée de base c’était de travailler le côté parodique sur une œuvre complète et qui puisse parler à absolument tout le monde, quoi qu’on dise, quel que soit le personnage que l’on prenne en référence. Quand on dit le professeur Tournesol, ou Milou, on connecte à Tintin… C’est une des rares œuvres dont les éléments connexes sont automatiquement rattachés à Tintin.

Vous utilisez les codes de Tintin, mais sans évoquer Tintin et ses personnages ?

En fait, Saint-Tin étant le fils présumé, il va essayer de trouver la preuve de sa filiation. Il va se retrouver au fur et à mesure de l’aventure entouré d’une galerie de personnages qui sont les caricatures de ceux qu’on connaît. Par exemple il y a le professeur Margarine pour Tournesol… Tous les personnages importants ou secondaires sont là mais on va s’apercevoir au fur et à mesure de la série que le fait que les personnages soient autour de nous n’est pas une coïncidence. Il y a une raison à ça. On va la découvrir tranquillement comme dans un puzzle qui se construit peu à peu sous vos yeux. On peut lire à la fois les livres dans n’importe quel ordre, comme dans Tintin. Mais tout doucement le concept se fait jour au fur et à mesure de la lecture.

Gordon Zola parodie également les couvertures des célèbres bande-dessinées de Hergé

Vous misez aussi beaucoup sur les couvertures, qui sont assez atypiques puisqu’elles font référence aux albums de Tintin. Est-ce que c’est vous qui les réalisez ?

Je réalise le scénario des couvertures. Après, mon graphiste, qui est un excellent dessinateur, les réalise avec brio. J’ai vraiment tenu à garder l’élégance des couvertures d’Hergé. J’aurais pu faire quelque chose de plus transgressif, mais je voulais qu’on reconnaisse vraiment bien la référence. La charte graphique pour les Saint-Tin est très importante mais elle l’est pour l’ensemble de mes livres. Je pense que mes couvertures de livres sont à l’image de la déconnade permanente des livres que je produis.

« Le Crado pince fort », « Le Spectre du tocard »… Est-ce que trouver le titre parfait c’est le plus important ?

Le titre est très important pour l’ensemble de mon travail. J’ai deux contraintes. La première, c’est l’humour. Il faut que ce soit plus qu’humoristique, que ce soit burlesque, voire loufoque. Il faut que ça arrache quelques fous-rires. La deuxième contrainte, c’est effectivement le titre. J’adore trouver d’abord un titre et construire une histoire après. Ça permet de créer des nouveaux scénarios auxquels on aurait pas songé sans le jeu de mots du titre. Pour les Saint-Tin c’est clair. Quand vous avez « Le Crado pince fort » il faut à la fois rattraper le crabe aux pinces d’or, donc il faut effectivement faire la parodie du crabe aux pinces d’or. Mais il faut pas que dans la parodie on soit éloignés du Crado pince fort. Il faut qu’il y ait une histoire de type qu’on sent arriver de loin. Donc le clochard, effectivement, qui va s’intégrer dans l’histoire du crabe aux pinces d’or.

Comme vous utilisez l’univers de Tintin, vous aviez eu des soucis avec la maison Moulinsart, comment ça s’est terminé ?

Il y a quelques années maintenant, en 2009 exactement, on a été attaqués pour contrefaçon. On a d’abord été condamnés pour parasitisme, comme quoi on parasitait l’oeuvre. Et puis on a fait appel, et deux ans plus tard on a gagné en appel intégralement avec trois points de jurisprudence sur le droit de la parodie. C’était une grosse grosse victoire qui m’a permis de continuer sereinement et de terminer la série de mes 24 romans.

C’est donc une victoire pour le burlesque et l’humour

Et pour le droit à la parodie. Très important. Pour choper des points de jurisprudence, il faut déjà se lever de bonne heure. Alors là c’était vraiment une surprise plutôt très agréable.

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