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La guerre civile syrienne : les raisons d’une désertion planétaire

Le conflit civil syrien, trouvant son origine en 2011, a vu franchir toutes les lignes rouges tracées par le droit international. Après six années et huit mois de combats, le bilan humain est catastrophique. Selon les chiffres de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), au dernier bilan de juillet 2017, plus de 90 000 civils auraient trouvé la mort, dont plus de 18 200 enfants. Les chiffres de l’ONU évoquent pour leur part plus de 250 000 victimes, civils et combattants.

Torture dans les prisons du régime de Bachar Al-Assad, usage de gaz chimiques neurotoxiques sur des populations civiles, frappes aériennes et guérillas acharnées dans les grandes localités du pays, les espoirs de paix semblent toujours lointains. Les raisons laissant à voir cette guerre comme un conflit sans issue et sans fin sont multiples. Les intérêts personnels et enjeux des nombreux acteurs sur le terrain sont à l’origine d’une paralysie du système des Nations-Unies, mais également de l’échec de l’ensemble du processus de paix initié jusqu’alors.

Une multiplicité d’acteurs aux objectifs divergents

Si la guerre civile syrienne ne semble trouver aucun dénouement, c’est bien parce que le conflit a vu émerger une pluralité d’acteurs aux objectifs contradictoires. Autrement dit, l’aboutissement des buts de guerre de chaque camp combattant sur le territoire syrien ne peut s’effectuer que par une vision d’annihilation totale de l’adversaire. Vision laissant ainsi peu de place à la diplomatie et au compromis.

L’un des acteurs fondamentaux de la guerre, l’armée du régime du Président syrien Bachar Al-Assad, a comme objectif primaire la reconquête totale du territoire syrien disloqué. Avec l’aide des forces armées russes, le régime s’emploie à combattre à la fois les rebelles mais également les poches de résistance de l’EI. Le rôle crucial joué par Vladimir Poutine, dans la région visant au maintien au pouvoir de Bachar Al-Assad, se justifie dans des objectifs majoritairement stratégiques, comme par exemple une présence russe continue au Moyen-Orient. Le Président Russe déclare, le lundi 11 septembre 2017, pour la première fois depuis l’intervention de ses forces en Syrie, en septembre 2015, vouloir le retrait « d’une partie significative » de ses troupes. Une déclaration toutefois largement mise en doute par le Pentagone. Sans annoncer un retrait total de ses forces, Moscou entend bien soutenir jusqu’au bout Damas dans la reconquête totale du territoire.

Du côté de la rébellion, l’Armée syrienne libre (ASL) entend, depuis juillet 2011, la chute du régime baasiste du Président Assad et l’instauration d’une démocratie. Dans ce conflit de domination, la rébellion n’entend effectuer aucun compromis avec le pouvoir en place. De même, bien déterminé à rester au pouvoir, Bachar Al-Assad a mené, avec l’aide de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah, une politique armée « d’écrasement » à l’égard des insurgés.

Un consensus diplomatique difficilement imaginable

Permettre la mise en place d’un consensus diplomatique entre les deux parties semble bien compliqué. Il est très peu probable, à ce stade, que le Président syrien souhaite négocier avec l’ASL, organisation qu’il considère comme « terroriste ». Argument appuyé par le déclin sur le terrain des rebelles, on considère aujourd’hui que l’Armée syrienne libre posséderait 12% du territoire, soit 15% de la population, contre le contrôle de 55% du territoire syrien et les deux tiers de ses habitants par les forces armées régulières de Bachar Al-Assad.

La position des rebelles sur la scène internationale semble toujours très fragile et complexe. Ils peuvent être considérés comme « infréquentables », du fait de la participation au mouvement d’organisations terroristes, comme le Front Al-Nosra, groupe affilié à Al-Qaïda. D’un point de vue strictement diplomatique, la légitimité de la rébellion comme éventuel successeur à Bachar Al-Assad n’est plus aussi garantie que lors des premiers mois du conflit.

Le blocage syrien s’explique donc par une position diplomatiquement inflexible de la part de Bachar Al-Assad mais également d’acteurs indirects intervenant ouvertement pour le soutien d’un des deux camps. L’Arabie saoudite, rivale de l’Iran, n’a pas hésité, au début du conflit, à soutenir la rébellion syrienne, profitant d’une opportunité de renverser un allié de la République islamique iranienne.

S’ajoute à cela le rôle de l’Etat Islamique (EI), sur le déclin, notamment avec la perte de Raqqa, sa capitale auto-proclamée, le 17 octobre 2017. C’est d’ailleurs cette organisation terroriste qui sera à l’origine d’un seul vrai élan de coopération internationale. Créée en 2014, la coalition arabo-occidentale en Syrie et en Irak, rassemblant les principales armées européennes, les Etats-Unis, et certains de leurs alliés du Moyen-Orient ont peu à peu chassé Daesh de ses principaux territoires d’implantation. Emmanuel Macron, le 17 décembre 2017, affirme que d’ici quelques mois, les combats contre l’EI cesseront, « Je pense que, d’ici mi, fin février, nous aurons gagné la guerre en Syrie ».

Même si les objectifs de la coalition internationale, appuyés par les Kurdes du PYD semblent bientôt remplis, la guerre civile syrienne se poursuit notamment avec le bombardement, au mois de décembre, de la ville d’Idleb. Les objectifs d’une multitude d’acteurs aux objectifs divergents et complexes, tenant une position diplomatique inflexible et non-coopérative, sont à l’origine de la poursuite du cauchemar syrien.

La paralysie des Nations-Unies

Tandis que l’organisation reste toujours absente du règlement pacifique du conflit syrien, son action se voit torpillée par son propre système de prise de décision, le veto. Boudée par Donald Trump qui prévoit la diminution de la contribution budgétaire américaine de plus de 200 millions de dollars à l’organisation internationale, celle-ci ne parvient pas à trouver un consensus concernant la question syrienne.

La session de négociation, au mois de décembre, à Genève, a vu l’échec des pourparlers de paix. Depuis l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, les Etats-Unis se sont peu à peu retirés de l’élaboration d’une réponse politique et pacifique en Syrie. La Russie a donc les mains libres dans la résolution du conflit. Celle-ci serait d’ailleurs soupçonnée d’empêcher, via des pressions diverses sur les acteurs de la conférence, l’élaboration d’un compromis entre les parties. Le rôle clé du Kremlin vise, peu à peu, à déposséder Washington et Paris de leur influence diplomatique dans le processus de paix syrien pour imposer leur vision des conditions du futur cessez-le-feu.

 

Avec l’appui de Téhéran et Ankara, Vladimir Poutine veut organiser sa propre conférence inter-syrienne à Sotchi, où seront débattus les thèmes similaires de ceux de Genève : la rédaction d’une nouvelle Constitution, la tenue d’élections avec une représentation gouvernementale ainsi que parlementaire de l’opposition à Bachar Al-Assad.

L’avenir de la Syrie semble désormais reposer aujourd’hui sur la vision poutinienne de ce que sera l’avenir du pays. Dramatiquement, les Nations-Unies n’ont jamais été capables d’imposer le droit international et la sécurité en Syrie. L’opposition systématique au Conseil de sécurité par le veto russe, les pourparlers de paix simulés, sont à l’origine de cette incompétence dans la résolution du conflit civil. La souveraineté des Etats et leur domination dans le contexte politique international conjugué à la faiblesse du multilatéralisme, dégradé depuis le début des années 2000, ainsi que les intérêts personnels, sont à l’origine de la persévérance des douleurs du peuple syrien.

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