Football

Mondial russe 2018 : Groupe C comme « Chatte à DD »

COUPE DU MONDE. Dans moins d’un mois se disputera la prochaine coupe du monde de football. L’occasion de vous proposer une petite revue des forces en présence, groupe par groupe. Worldzine fait le point sur l’équipe en vogue, la future surprise du chef, la star de ce groupe et le combat de titans de la première quinzaine que tu dois rater sous aucun prétexte. Le tout ponctué d’un pronostic qui peut te faire gagner gros chez les bookmakers -premier degré servi cependant à la pelle. Aujourd’hui, plein phare sur le groupe C dans lequel évolueront la France, le Danemark, le Pérou et l’Australie.

La sélection tendance

Quatre ans se sont écoulés depuis le retour en force d’une passion française pour les Bleus. C’était l’après-barrages face aux Ukrainiens. Le chemin parcouru est immense et les déboires du temps des Domenech et Blanc semblent si loin. L’Euro en France a redoré les plumes du coq et les instance du football français sont si fier du lien fort à nouveau tissé entre supporters et sélection, qu’elle en a même prolongé son metteur en scène, Deschamps, jusqu’en 2020. C’était sans compter sur les résultats de l’équipe. La spirale est certes globalement positive en terme d’image et de sponsoring. Mais comme il n’y a que la loi du terrain qui vaille, l’ensemble n’a pas une si belle mine. Les qualifiers et matches amicaux n’ont pas été rayonnants depuis 2016. L’absence d’une identité nette de jeu n’est pas le plus préjudiciable. Ce n’est pas professeur Jacquet qui dira le contraire, dont le corpus tactique occupe indéniablement une place majeur dans les idées du pragmatique DD. « C’est quoi une identité de jeu à part des mots. » rétorquait un an auparavant ce dernier à L’Equipe. Une équipe de coup a fait ses preuves, mais pour quels résultats ? Un poteau en finale ? Et quel rendu ?

L’attente est pour le moment immense. La génération de joueurs dont il bénéficie est gage de réussite. Mais qu’en est-il de la mentalité d’un groupe exemplaire mais psychiquement encore immature ? Des stats pas ahurissantes en attaque -une moyenne de 1,8 buts par match en éliminatoires, soit le second plus faible total pour un premier de groupe- couplées à des tâtonnements face à des blocs regroupés, de généreux boulevards offerts à l’adversaire sur les ailes, et un trop-plein d’occasions concédées dans son propre camp. Ajouté au tableau, ces 4 ans de travail n’ont pu dégagé un XI type. La défense centrale est toujours sujette à des débats d’association, le bricolage est de rigueur côté latéraux, le milieu de terrain manque de leadership voire pire, on ne sait sur quel système de jeu précis s’accorder. Une première salve de critique a déjà fuité de la part du sélectionneur danois, Age Hareide, estimant que cette équipe « n’a rien de spécial. » La chasse est ouverte. La solidité sera déterminante pour s’éviter « des déconvenues » en citant notre bien Aimé, dès les poules comme en finale.

Le pari de la Quinzaine

Des morts de faim ces Péruviens. C’est le constat à faire pour une équipe sorti in extremis des qualif’ sud-américaines, veinards de la défaite du Chili face aux Brésiliens, qui reléguera ses derniers à un petit point de différence. Comme les bonnes nouvelles ne viennent pas seules, le Pérou se retrouve un temps orphelin de son capitaine emblématique, Paolo Guerrero. À 34ans, et une carrière dans quelques écuries allemandes (Hambourg, Munich), l’attaquant, si proche de jouer le premier mondial du pays depuis 1982, est exclu des terrains pour dopage. Des tests positifs révélant des traces de cocaine ont amorcé fin 2017 une procédure de suspension réduite à 6 mois par la Fifa afin d’accorder une fenêtre à sa sélection pour le mois de juin. Le 14 mai dernier, le tribunal d’arbitrage du sport ne l’a pas entendu de cette oreille en élargissant la sanction à 14 ans, ruinant les espoirs péruviens d’un retour « del Predator ». Il n’en faudra pas plus pour réveiller les masses tandis que le président de la république himself, Martin Vizcarra, intimera l’ordre au gouvernement d’appuyer le retour du capitaine. Le veinard est blanchi pour le seul temps de la compétition. La réponse sur le terrain était en parallèle bluffante. Les Péruviens se sortent haut la main des barrages d’accession au mondial face aux néo-zélandais. Revanchards à l’image de Jefferson Farfan, qui formait avec Guerrero un duo de tueurs devant les cages adverses, jusqu’à fondre en larmes après avoir scoré.

Une balade de santé face aux Islandais (3-1), une petite pique de rappel aux Croates (2-0) et les voici après deux matches amicaux, comme prêts à renverser des montagnes. Le tout dans un 4-4-2 en passe rapide, au sein duquel Flores, plus bas dorénavant, et Cueva font un alliage solide sur le côté gauche. Farfan de son côté reprend du service à la pointe. Avec ou sans Guerrero, l’objectif est de taper fort pour une première apparition au mondial depuis 1982. Le début des années 80 sonnait déjà comme le crépuscule d’une génération trois étoiles ; celle des Teófilo Cubillas, Hugo Sotil, qu’on surnomma la « Dupla de oro » (doublette en or), ou du roc Héctor Chumpitaz. Irrésistible en 1970 en grillant la priorité aux Argentins pour la seule fois de l’histoire dès les barrages pré-mondial, ils atteignent les quarts de finale avec brio avant d’être stoppé par le Brésil de Pelé. Les espérances se matérialiseront avec le gain d’une Copa America cinq ans après, avant que le Pérou s’efface tout d’abord des tournois internationaux par de maigres performances aux mondiaux 74 et 78 avant de perdre tout prestige continental dans les années 80. Point de doute dorénavant sur la grinta de la Blanquirroja.

Ce match à jamais gravé dans ta mémoire

Australie-Pérou. Le choc entre deux nations de l’hémisphère sud sera déterminante dans la course pour une éventuelle place de dauphin. Dernier match qui plus est. Le navire australien est sans conteste un morceau de premier choix, alignant la bagatelle de quatre qualifications d’affilée pour un mondial depuis 2006, certes assuré depuis par l’heureuse admission dans la fédération asiatique, s’évitant les barrages océaniens. La fédération nationale a depuis accordé sa confiance à pas mal de techniciens bataves, jetant son dévolu en janvier dernier sur la plus belle crinière peroxydée du continent en la personne de Lambertus « Bert » Van Marwijk. Oui, le même type à la tête des Oranjes version 2010 et un jeu basé en contre-attaque, ainsi que des caramels de Sneijder. Le voilà de nouveau aux manettes après un bail de deux ans avec la sélection saoudienne qu’il a lui même qualifié avant de rendre l’éponge fin 2017. Malgré la fessée reçue contre les Norvégiens (4-1), son équipe a remonté la pente et accroché valeureusement les Colombiens de Pekerman. De quoi rêver pourquoi pas d’un ticket pour les huitièmes, dont ils sont privé depuis 2006 et ce pénalty sur Grosso qui avait pas mal fait jaser. Et rien de mieux qu’un final d’anthologie face aux Péruviens ce 26 juin en tant que troisième et ultime match. L’occasion était trop belle pour un pot de départ de deux stars nationales. Tim Cahill, 38 ans, 50 buts en 14 ans chez les Aussi, un statut de rockstar. Ceci dit, c’est un néoretraité rappelé à la surprise générale, bénéficiant du soutien du publicitaire sponsor des Socceroos, Caltex. Paolo Guerrero, 34 balais, et une aura de demi-dieu dans son pays pour avoir porté les rouges et blanc brassard au bras, de retour en juin pour en coller une au monde entier. 90 minutes bestiales à venir donc.

L’homme dont tu vas entendre parler

Tiens toi prêt, Téléfoot et Canal+ ont choisi de concocter pour toi le meilleur contenu des « Bleus dans les yeux 20 ans après ». Quitte à avoir une tête d’affiche, autant prendre la Pioche. Paul Pogba, oui, la vedette de la Pogsérie. Autant dire qu’entre les frappes de mammouth d’Eriksen ou des actions péruviennes aux petits oignons, il n’y aura de place que pour la tête d’affiche française, ses tenues kitchs et ses parties de Fortnite. Amateur de showbiz, tu y trouveras ton bonheur, suffit juste de suivre le bonhomme sur Instagram. Amateur de football, la question serait de savoir si l’intéressé assurera plus ses matches que ses potins sur internet.

Pronostic

La France en roule libre mais toujours vivante. Première groupe avec deux succès face aux Danois et aux Australiens. Elle se loupe néanmoins face aux Péruviens (1-2). Les Sud-Américains défaits d’entrée face aux Danois assurent la suite sans sourciller mais ne bénéficient que d’une seconde place au goal average. Parce que vous le valez bien. Clou du spectacle : l’annonce des huitièmes et l’Argentine qui passe seconde du groupe D. Domenech annonce de suite une branlée monumentale à venir côté Français. Habib Beye le recadre sur Twitter par une analyse délicieusement mené. Da Fonseca anticipe un quadruplé de Messi. Le milieu des consultants sportifs se déchire sur la question du mondial français. C’est déjà trop tard, le huitième à venir a mis de toute façon un terme à la légendaire chatte à DD.

1. France 6pts

2. Pérou 6pts

3. Danemark 4pts

4. Australie 1pt

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