Asie Politique

HONG-KONG. La parole internationale s’immisce dans la crise

DIPLOMATIE. Depuis plusieurs mois à Hong-Kong, la population proteste contre un nouveau projet de loi qui pourrait remettre en cause l’administration particulière de la ville. Le principe « un pays, deux systèmes » serait menacé. Comment la communauté internationale réagit-elle ?

 

Depuis le mois d’avril 2019, la cheffe de l’exécutif Carrie Lam défend l’instauration d’un amendement permettant à la Chine d’intervenir dans le système juridique hongkongais, jusqu’alors protégé des intrusions continentales. La suppression de ce pare-feu démocratique a conduit la population locale et sa diaspora à manifester contre le gouvernement local pro-Pékin.

La communauté internationale n’a pas tardé à réagir en nombre autant sur les réseaux sociaux qu’à travers les manifestations, tout en rassemblant des dons colossaux. Les gouvernements occidentaux ont emboîté le pas pour exprimer leurs dissentiments. Au risque d’énerver la Chine.

La communauté internationale défend l’État de droit

Depuis la fin mai, les manifestations s’enchaînent. Bien que pacifiques, les violences policières se multiplient. Pékin a annoncé le mercredi 24 juillet que la garnison chinoise à Hong-Kong pourrait intervenir sur demande des autorités locales.

Face au non-respect de l’Etat de droit, Theresa May a pris la parole devant son Parlement le mercredi 3 juillet. Le Royaume-Uni ayant rétrocédé Hong-Kong à la Chine en 1997, l’ex-Première Ministre a expliqué avoir directement fait part aux autorités chinoises de ses inquiétudes. Elle a ajouté que la déclaration conjointe entre les deux pays ne doit pas être enfreinte ou modifiée.

L’Union européenne a rapidement transmis ses inquiétudes dans un communiqué de juin. La porte-parole de la diplomatie européenne Maja Kocijancic a rappelé que les droits fondamentaux de manifester et de s’exprimer « doivent être respectés » et qu’une certaine « retenue doit être conciliée par chaque partie ».

C’est une question sensible, avec des conséquences potentielles considérables pour Hong Kong et sa population, pour les citoyens européens et étrangers, ainsi que pour la confiance des entreprises à Hong Kong

Maja KOCIJANCIC et Adam KAZNOWSKI, communiqué de Bruxelles, 12/06/2019

Selon un porte-parole de l’UE interrogé par Worldzine, l’Europe suit de très peu la situation hongkongaise et « des mesures urgentes devraient être prises afin de restaurer le calme et d’établir un vrai dialogue pour avancer pacifiquement. »

 

La police déploie le gaz lacrymogène sur les manifestants pacifique du chemin Harcourt – 12 juin 2019, Hong-Kong. Wikimedia Commons.

Défendre Hong-Kong : la parti pris risqué

Alors que les pays européens commentent et déplorent la situation hongkongaise, la Chine reste un interlocuteur privilégié des relations internationales. S’immiscer dans sa chasse gardée ne serait pas sans conséquences et refroidirait les relations entretenues jusqu’alors.

Pékin ne manque pas de répondre sèchement aux pays occidentaux et leurs représentants. L’ex-secrétaire d’Etat des Affaires étrangères britannique Jeremy Hunt a appelé la Chine à ne pas utiliser les manifestations comme un « prétexte pour la répression ». L’ambassadeur chinois au Royaume-Uni Liu Xiaoming a déclaré que les remarques de Hunt représentaient une ingérence inacceptable, l’accusant d’utiliser des codes de la guerre froides (“cold war mentality”). Après l’âge d’or David Cameron pour les relations sino-britanique, les voilà ébréchées.

J’espère que le gouvernement britannique se rendra compte des conséquences et évitera les prochaines ingérences nuisant nos relations.

Liu XIAOMING, 7 juillet 2019

 

Face au poids diplomatique de la Chine, les pays occidentaux ne peuvent pas se permettre d’agir ou de faire de plus sévères déclarations, au risque de refroidir des relations tant substantielles qu’indispensables.

 

Pour Denise Ho, chanteuse contestataire et diplomate venue à Genève chercher du soutien à l’ONU, les Etats-Unis doivent prendre le risque de soutenir les protestataires et demeurent un des rares acteurs à « pouvoir faire pression sur la Chine ». Mais jusqu’à quel point l’économie peut-elle faire pression sur le politique ? Et à quel prix ?

 

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