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INTERVIEW. « L’animal n’est pas une peluche ni un jouet », Thierry Russotto, dresseur canin pour le cinéma

CINÉMA. Dresseur canin à Lyon, Thierry Russotto a participé au tournage du dessin animé Croc-Blanc avec son chien Hermès de six ans. Au cinéma, la maltraitance des « animaux travailleurs » pose de plus en plus de questions éthiques. L’association Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux (PETA) a découvert que les animaux apparus dans plusieurs films à grand succès ont subi l’attitude violente de producteurs pendant les tournages

 

WorldZine : En vous présentant dans plusieurs interviews, vous dites que vous n’êtes pas éducateur mais dresseur. Quelle est la différence entre ces deux métiers ?

Thierry Russotto : Un éducateur est quelqu’un qui a fait des études professionnelles. Moi, je n’en ai pas fait parce qu’il n’y en avait pas du tout à l’époque où j’ai commencé. Donc, j’ai appris sur le terrain. C’est des dizaines, voire des milliers de chiens qui ont contribué à m’apprendre ce que je sais aujourd’hui. Mais je me suis beaucoup documenté aussi, je me suis beaucoup intéressé à l’éthologie (Science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel, NDLR).

Travaillez-vous souvent dans le cinéma ?

C’est très aléatoire parce qu’un film est un travail très long. J’ai tourné un film avec Hermès qui s’appelle Croc-Blanc. Avant de pouvoir tourner, j’ai dû préparer mon chien pendant deux ans car c’était un travail un petit peu spécifique. Hermès était équipé d’une combinaison avec des capteurs. La technologie qui a servi pour faire ce film s’appelle la « motion-capture ».

Peut-on donc parler de recrutement professionnel de chien ?

Oui, il y a des contrats qui sont faits, on parle des gens qui ont l’habitude de travailler avec des animaux. Pour moi, ce qui est essentiel quand je fais travailler mes chiens, c’est que tout soit fait en respect pour eux. Des tests ont été effectués. Par exemple, pour Croc-Blanc, je sais que la maison de production a vu plusieurs dresseurs et plusieurs animaux.

Vous avez dit avoir travaillé avec Hermès pendant deux ans avant qu’il puisse participer au tournage de Croc-Blanc. En quoi consistait ce travail ?

C’était essentiellement un travail d’obéissance. Un travail physique aussi parce qu’il fallait qu’il soit prêt physiquement. Après, c’était un travail spécifique par rapport à certaines scènes qu’on allait lui demander de faire. La maison de production m’a envoyé le travail qui était à faire, j’ai connu donc un petit peu toutes les scènes et je les ai travaillés en amont.

 

Retour écran d’une répétition avec Hermès

 

Le tournage de Croc-Blanc a duré cinq semaines. Votre chien considérait-il ce travail comme une sorte d’obligation, de routine ?

La dernière semaine a été compliquée. Hermès était fatigué. Mais j’ai eu de la chance d’avoir un producteur qui était très respectueux par rapport à son état. Après, il faut faire en sorte que le travail reste ludique, intéressant et sympathique pour lui à faire. Si tout se fait sous la contrainte, sous l’obligation, cela ne tiendra pas dans la durée. En ce qui me concerne, mes chiens sont traités un peu comme tous les chiens dont les maîtres prennent bien soin. Ils travaillent beaucoup. Donc c’est comme des sportifs. Je vais faire toujours très attention.

Je n’irais pas mettre tout le monde dans le même panier. Les gens utilisent souvent des piques pour faire travailler des éléphants par exemple. Donc, c’est un travail qui se fait sous la contrainte et la douleur. Moi, je n’ai pas besoin de me faire pardonner par mes chiens. S’il a bien travaillé, bien sûr, je lui dis après une scène que je suis content. Après, on se détend, on se fait des câlins, on joue ensemble.

Les éléphants de cirque exécutent les numéros de manière très précise lors des répétitions, mais ils se permettent d’introduire quelques fantaisies lors des représentations. Hermès se permettait-il d’introduire des fantaisies pendant le tournage ?

C’était un travail d’exactitude. Donc, ce n’était pas comme au cirque. Il y avait des marquages sur un plateau de cinéma pour montrer où le chien devait se placer. Après, il prenait des initiatives. Par exemple, en venant se replacer quand il fallait qu’on recommence une scène. Sans que je lui demande, il venait se mettre au bon endroit parce qu’il avait très bien compris quand le réalisateur disait « On se remet en place ! », « Silence ! On tourne ! ».

Faudrait-il créer des lois spéciales sur les conditions de travail des animaux ?

Pourquoi pas. Je ne sais pas si quelque chose existe déjà. Après, il y a eu quelques affaires sur des chiens de studios de cinéma aux États-Unis à cause de mauvais traitements. Mais je crois que l’homme est ce qu’il est, il y aura toujours des choses pareilles.

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