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COVID-19. Une véritable baisse de la pollution ?

ENVIRONNEMENT. Dans un contexte de pandémie, des médias clament la baisse de pollution atmosphérique visible pays après pays au fur et à mesure qu’ils sont touchés. Pour autant, à regarder en détail et en incluant d’autres types de pollution, la balance n’est pas forcément en faveur d’une baisse.

 

La maladie Covid-19 sévissant depuis décembre 2019, d’abord en Chine puis à l’international a poussé les autorités à appliquer certaines mesures d’isolement dans les pays touchés. Le confinement général est aujourd’hui appliqué dans des pays comme l’Inde, l’Italie, l’Espagne, le Venezuela ou la France. À l’inverse, des pays comme les Pays-Bas ou la Suède se refusent à confiner leurs habitants.

Après le recul nécessaire pour se prononcer, partout ont commencé à fleurir des articles aux titres plus qu’encourageants : « En Chine, la baisse de la pollution va épargner plus de vies humaines que le virus en aura coûté » pouvait-on lire dans l’Obs, « Confinement : vue de l’espace, l’impressionnante amélioration de la qualité de l’air en Europe » écrivait BFM TV. Mais qu’en est-il vraiment ?

Une baisse de la pollution atmosphérique

Selon une estimation de Carbon Brief, les émissions de dioxyde d’azote de la Chine auraient ainsi diminué d’au moins 15% du 3 février au 1 mars en comparé à 2019. Conséquence directe des baisses de la production industrielle et circulation routière. Le dioxyde d’azote (NO2) fait partie de la quinzaine de polluants atmosphériques surveillés et réglementés au niveau français et européen, tout comme les particules et l’ozone. Les satellites de la Nasa ont montré que les niveaux de NO2 atmosphérique ont diminué en moyenne de 36 % la première semaine de février par rapport à la même période en 2019. D’abord proche de Wuhan puis se diffusant dans d’autres régions du pays.

En Italie la situation est semblable. L’Agence spatiale européenne a publié, via la mission Copernicus Sentinel-5P, des images du 1er janvier au 11 mars montrant une réduction assez importante de la pollution atmosphérique au NO2 du Nord de l’Italie à partir de fin février, période pendant laquelle le confinement était déjà en cours dans le pays.

https://twitter.com/ESA_fr/status/1238521932888358918?s=20

Les habitants semblent eux aussi remarquer la baisse de la pollution. Interrogés par WorldZine, ils témoignent. À Milan, en Italie, Giulia note que le ciel est « plus clair » et trouve qu’elle a moins de difficultés à respirer. Même discours en Chine, à Chengdu Sichuan, pour Daniel : « le ciel est plus clair en mi-journée, on respire mieux et il y a bien moins de poussière dans nos maisons ».

On commence à voir cette baisse de pollution se généraliser en Europe et dans le monde. Pour ce qui est de la France, les images collectées du 14 mars au 25 mars 2020 par le satellite 5P montrent une réduction importante des dioxydes d’azote au-dessus de Paris.

L’air n’est pourtant pas devenu pur. La faute aux autres polluants comme les particules en suspension, PM10 et les PM2.5 (fines), ou l’ozone qui n’ont pas ou peu diminué. Malgré le confinement, un indice de pollution moyen a été enregistré à Paris fin mars. De même que pour la Chine, selon le Nasa Earth Observatory : Pékin a subi des périodes de pollution aux particules fines en février. Point positif, les experts misent à terme sur une diminution des particules PM2.5 et PM10, en plus du NO2, du fait de la réduction des transports et de l’industrie.

Autre point : les indices de pollution risquent de repartir à la hausse parallèlement à l’activité économique et le retour au trafic routier habituel. Au vu de la durée du confinement, la légère amélioration des indicateurs risque bien d’être insuffisante pour avoir un impact de poids sur le long-terme. Sauf si cela aboutit à une remise en question de nos gestes polluants et une prise de mesures concrètes pour les diminuer.

D’autres types de pollution en vue

Outre la pollution atmosphérique, un autre type de polluant occupe une place majeure dans notre quotidien : le numérique. Régulièrement, pics de pollution atmosphériques et autres intoxications aux particules fines envahissent nos écrans, mais la pollution numérique générée par ces mêmes écrans reste peu abordée. Pourtant, effectuer une recherche sur Internet, surfer sur les réseaux, envoyer des sms ou emails, regarder des vidéos, voire lire cet article pollue. Une pollution qui comprend aussi le cycle de vie des objets numériques : de la production à la fin de vie en passant par l’acheminement et son fonctionnement grâce aux centres de données.

Selon un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), le secteur informatique consomme « environ 10% de l’électricité mondiale », autant que l’avion. Si rien ne change d’ici 2025, le numérique polluera autant que le trafic automobile mondial via ses émissions de gaz à effet de serre. Pour avoir une idée concrète de l’impact de la pollution numérique, l’Université de Bristol a publié en 2019 une étude montrant que le visionnage de vidéos sur YouTube rejette dans l’atmosphère 11,3 millions de tonnes de CO2 par an. C’est-à-dire l’équivalent des émissions d’une petite ville comme Glasgow.

En période de confinement, la consommation de bande passante est en explosion : loisirs, cours à domicile ou encore télétravail sont impliqués. DE-CIX, plus gros point d’échange Internet mondial à Francfort, a enregistré un pic de consommation de bande passante le 10 mars dernier. Jusqu’à 9,1 térabits par seconde ont été atteints. 9,1 Térabits/s correspond à 2 milliards de pages A4 échangées en une seconde ou 2 millions de vidéos en HD. Un nouveau record mondial, mais aussi le plus gros bond de trafic que le point d’échange n’ait jamais enregistré : plus 12% par rapport au pic de décembre 2019.

Ce pic a été atteint vers 21h, heure à laquelle l’information et les loisirs prennent le plus de bande passante. Ce qui doit inviter chacun à réfléchir à son utilisation des écrans et ne pas céder au recours massif à ces derniers en période de confinement. En effet, entre Canal+ passé entièrement « en clair », l’Opéra de Paris qui met en ligne gratuitement ses spectacles, des visites virtuelles de musées ou encore, joli coup de communication, Pornhub Premium en accès gratuit pour les Français et les Italiens, les options ne manquent pas.

Il parait préférable de rester modéré dans l’utilisation des technologies. Prendre le temps de « décrocher » un peu en se plongeant dans un livre, discuter ou même se lancer dans une activité artistique accessible comme le dessin. Tout du moins en attendant que des solutions viables soient trouvées pour limiter la pollution numérique. Des pistes fleurissent, comme le recyclage de l’énergie émise par les data centers à Paris pour chauffer la piscine de la Butte-aux-Cailles.

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