Société

Maisons de retraite : le retour au placard des seniors LGBTI

Estimés à plus d’un million en France, les seniors LGBTI subissent une double peine : isolement social et LGBTI-phobie. Pour cette génération qui a dû s’affirmer dans la clandestinité, la maison de retraite est synonyme d’un retour au placard.

 

Pour décorer sa chambre, le nouvel arrivant d’un EHPAD pose une photographie de son compagnon sur sa table de chevet. Quand une infirmière l’interroge, le retraité balbutie qu’il s’agit d’un cousin. Le lendemain, le cadre n’est plus là. Stéphane Sauvé est alors directeur de la structure. Il confie que ces situations ne sont pas rares. Pour lui, cette histoire est révélatrice l’auto-censure des seniors LGBTI dans les établissements de santé.

Des initiatives qui font débat

Après des années de direction d’EHPAD, Stéphane Sauvé quitte un milieu médico-social « poussiéreux » et « conservateur » pour fonder l’association Les Audacieux et la start-up Rainbold Society. Il imagine la Maison de la Diversité, un « habitat hétéro-friendly pour seniors LGBT autonomes et fragilisés » sur le modèle de Lebensort Vielfalt, ouverte en 2013 à Berlin.

Sollicitée pour son expérimentation, la mairie de Paris juge la Maison de la Diversité trop communautaire. Pour les pouvoirs publics, « elle est une entrave au pacte républicain », déplore Stéphane Sauvé. En effet, ces derniers favorisent les projets « universalistes » qui permettent d’inclure les LGBT dans des environnements préexistants.

« Même s’il y a ces initiatives qui sont créées, l’immense majorité restera dans des EHPAD généralistes. L’idéal serait que tous les établissements soient sensibilisés à cette question », explique Yohann Roszewitch, conseiller contre la haine et les discriminations anti-LGBT au sein de la DILCRAH (Délégation Interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT).

Changer la société dans son ensemble

La DILCRAH choisit alors de soutenir l’association Grey Pride qui combat l’âgisme, la sérophobie et les LGBTphobies. Francis Carrier, le président, travaille aux côtés de la mairie de Paris sur une charte d’engagement pour les maisons de retraite qui fera l’objet d’une évaluation régulière.

Pour ce défenseur de la première heure des « 4H » (haïtiens, homosexuels, hémophiles, héroïnomanes), la communauté LGBTI doit dépasser les luttes identitaires « pour changer la société dans son ensemble ». Selon lui, l’exclusion des seniors LGBTI s’inscrit dans un contexte plus large d’invisibilisation de la sexualité des personnes âgées. Un tabou que l’ancien militant d’AIDES entend briser. Francis Carrier déplore que ne soient mis en avant que les « individus qui sont jeunes et beaux, comme si la sexualité ne pouvait s’entendre qu’avec ces deux qualificatifs ». 

Du fait de l’épidémie de Covid-19, la possibilité pour les seniors de construire leur environnement par affinité n’est pas la priorité des pouvoirs publics. La DILCRAH devrait toutefois publier prochainement un nouveau plan de mobilisation contre la haine et les discriminations anti-LGBT. 

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