Culture Séries télé

DARK. Un épilogue cérébral

SCIENCE-FICTION. Dark signe son grand retour sur Netflix depuis le 27 juin dernier. Une sortie planétaire très attendue par les inconditionnels de la série allemande. Un an après notre contribution sur les deux premières saisons, WorldZine revient sur ce dernier cycle haut en couleur.

 

Depuis quelques semaines, le retour de Dark était sur presque toutes les lèvres. C’est désormais chose faite. La boucle est bouclée. Les passionnés en resteront longtemps bouche bée. Une dernière saison, une huitaine d’heures et une dose supplémentaire de magie. Encore faudra-t-il digérer que celle-ci, fût-ce la dernière…

Mais quelle emprunte laissera-t-elle dans l’univers de la série ? Et quelles conclusions permet-elle de tirer ? Difficile de trancher. Quoi qu’il en soit, l’œuvre de Baran Bo Odar et Jantje Friese restera à jamais un monument. Aussi complexe que novatrice, la série tire sa révérence avec un certain brio. Puisqu’il n’y a rien de pire que de connaître l’histoire avant de l’avoir vue de ses propres yeux, la rédaction vous fait une promesse : après avoir lu cet article, vous n’aurez perçu qu’une goutte d’eau de la troisième saison. À vous d’aller dompter son océan !

 

Du début de la fin et de la fin du début

Jonas et Martha, ou plutôt Adam et Ève, nous entraînent depuis le début dans une boucle infernale. Un infini où les faits se répètent encore et encore. Les joies, mais surtout les malheurs. Chacun essaye d’y remédier à sa manière, jusqu’à ce que la véritable origine soit enfin trouvée. Mais dans cette obscure clarté se dessine un humanisme percutant. Et ce, jusqu’à la dernière seconde.

 

Martha (Lisa Vicari) et Jonas (Louis Hofmann) © Netflix Deutschland / Baran Bo Odar

La métaphysique et les références bibliques sont très présentes et s’entrecoupent. Même si cela peut paraître assez antinomique. Mais l’Homme reste le pivot central de l’intrigue. À la fois dans sa créativité, ses failles et ses faiblesses. Il incarne d’ailleurs une forme d’unité qui n’existe nul par ailleurs dans cette série, toujours emprunte à la dichotomie ou à la trichotomie. Une dualité entre l’homme et la femme, la lumière et l’obscurité, la vie et la mort. Un triangle de cycles temporels majeurs, de mondes et de Winden à sauver. Ode à l’amour passionnel — aussi destructeur soit-il — la série se veut aussi être une réflexion philosophique sur la culpabilité, le poids du deuil et la fatalité. Elle offre aussi un enseignement capital : oser s’affranchir de la volonté des autres, pour faire triompher ses propres choix. Dans une moindre mesure, la série adresse un message plus politique. Celui de garder une certaine méfiance à l’égard de l’énergie nucléaire, source de nombreux maux windeniens.

 

Tic-tac, tic-tac

Après une trentaine d’heures passées à Winden, les esprits deviennent quelque peu radioactifs. Aussi enivrante soit-elle, la série est d’une grande complexité. Ce qui est à la fois son atout et son fardeau. En la matière, la troisième saison n’a rien arrangé, puisqu’à défaut de voyager uniquement entre les époques, à quoi bon ne pas le faire aussi entre les mondes ?

Mais impossible d’imaginer Dark autrement, car c’est l’essence même de la série que de faire réfléchir son public. Et ce, en continu. Si bien que notre esprit lutte corps et âme pour dénouer les nœuds du scénario. Quitte à perdre un peu de la richesse de la série à l’instant T. Comprendre que notre rationalité n’est pas transposable à son univers est indispensable. Sauf si vous voulez vous faire des nœuds dans le cerveau. Car finalement, elle ne s’apprécie qu’en acceptant de lâcher prise. Mais plus facile à dire qu’à faire ! Renoncer à sa rationalité, voire à sa propre logique, ne serait-ce que pour quelques heures, c’est aussi comprendre que « tout est [bel et bien] connecté ». Cette maxime, martelée depuis le début, devient enfin limpide.

 

L’une des clés implicites de la série © Netflix Deutschland / Baran Bo Odar

Les auteurs l’avaient exigé, la fresque cinématographique ne devait se limiter qu’à trois saisons, trois cycles, trois mondes. Tous entremêlés les uns dans les autres à l’infini, à cause de la souffrance d’un homme. Trop focalisés sur cette souffrance et sur cet impératif, les auteurs en ont certainement oublié qu’une saison passe relativement vite et qu’il ne faut pas délaisser la musique.

Si Dark nous avait habitué à un scénario doux-amer, hors du commun, à des décors souvent grandioses et à des musiques époustouflantes, cette saison laisse la bande originale au bord du chemin. Nous regrettions déjà, un certain relâchement sonore pour la saison deux. Visiblement la tendance ne s’est pas inversée. Comme si l’apocalypse avait anéanti le travail si prometteur entrepris au cours de la première saison et dans une moindre mesure dans la seconde.

Bien sûr, cette saison se veut plus sombre, plus lugubre. La musique du générique est fort heureusement toujours là. Mais nous attendions le déconfinement d’un accompagnement sonore particulièrement marquant, surtout en symbiose avec l’image tout au long des épisodes. Dans cette troisième saison, la musique est particulièrement froide, moins évocatrice, voire absente. Sa force a malheureusement disparu, en dehors d’un regain de popularité dans les dernières minutes. Mais la robustesse de la série nous fait oublier cet écueil.

Laisser un commentaire