Culture

INTERVIEW. Lioyo, caricaturiste : « C’est une question d’observation »

BANDE-DESSINÉE. Du 28 au 30 octobre 2016, le festival Quai des Bulles nous ouvrait ses portes à Saint-Malo pour sa 36e édition. Worldzine est allé à la rencontre de plusieurs artistes. Parmi eux, Lioyo. Caricaturiste passionné, il accueillait les festivaliers sur son stand. Offrant des caricatures réalisées en quelques minutes en direct, son humour se retranscrit dans ses œuvres. Lioyo nous parle de son univers et de la façon dont il a construit son art.

Worldzine : On tombe souvent sur des stands de caricaturistes qui nous offrent leur interprétation de notre visage. Mais en réalité, c’est tout un art. Vous pouvez nous en dire un peu plus sur votre métier ?

Lioyo : Je fais de la caricature depuis un bout de temps. Ça fait à peu près une vingtaine d’années. Je fais sur les salons, un peu partout en France… Et donc, je dessine en direct les personnes qui veulent leur caricature, ça ne dure pas très longtemps. Maintenant, c’est une passion qui est devenue un métier. J’en ai rapidement fait mon métier et aujourd’hui mon style est assez précis, je dirais. J’ai acquis une bonne expérience dans ce domaine là. Je suis connu sous le nom de Lioyo pour les caricatures en direct, faites assez rapidement et avec un style particulier.

WZ : Quand vous caricaturez en direct, est-ce qu’il y a des visages ou des formes qui sont plus faciles à caricaturer que d’autres ?

L. : C’est marrant, on me le demande souvent. Alors au début, quand on débute, oui. On se dit « Tiens, cette personne est beaucoup plus facile à cerner » parce qu’elle est beaucoup plus caractéristique. Et pour d’autres, qui ont un visage plus doux, c’est un peu plus difficile. Maintenant, avec le temps, l’expérience, comme je disais tout à l’heure, non. Cette question là ne m’apparaît plus. Disons que toute forme d’expression de visage amène un trait stylisé pour représenter la personne et donc je ne trouve pas forcément de difficulté. C’est une question d’observation, finalement. L’oeil s’est exercé à bien observer tous les détails et donc le dessin devient beaucoup plus évident. Donc ces questions là je ne me les pose plus. Mais c’est vrai qu’au début, on a tendance à être attiré par des caricatures de visages beaucoup plus caractéristiques et d’autres on les trouve difficiles à faire.

WZ : Est-ce qu’il y a une caricature que vous avez fait qui vous a laissé un souvenir plus marquant que d’autres ?

L. : J’en ai pleins ! Je travaille énormément. Mais oui, pour les visages, je me rappelle qu’une personne ne voulait pas. Un couple. C’est un exemple, un souvenir… Et puis le monsieur s’est fait faire en disant à son épouse « Allez tu y vas après ça me fera plaisir ». La dame, elle ne voulait pas du tout. Alors physiquement, je vais vous la décrire : elle avait des lunettes, les cheveux très bouclés, un nez assez prédominant et des grandes dents. Donc elle voulait pas, je le sentais bien. Et puis, on l’a mis à l’aise et elle a fait faire le dessin. Et ces personnes là je les ai rencontré sur un autre salon un peu plus tard. La dame est venue me voir et elle m’a dit « Merci, parce que je m’acceptais pas physiquement, je me trouvais pas belle. Et en observant ma caricature, j’ai appris à lire mon visage ». Du coup, elle a mieux accepté son dessin que sur le moment, où elle ne le voulait pas trop et qu’elle l’avait vite enroulé.

Autocaricature de Lioyo
Autocaricature de Lioyo

WZ : Qu’est-ce qui vous a lancé dans la voix de la caricature ?

L. : Très bonne question. J’étais très jeune et déjà je faisais beaucoup de dessins. Je recopiais des bandes-dessinées. Vers 12-13 ans, lors d’un voyage au bord de mer avec mes parents il y avait un caricaturiste qui était en train de dessiner. Ça m’a beaucoup plus, j’ai été vachement attiré par son travail et l’idée de dessiner en direct des personnes. Même après, j’ai dit à mes parents que c’est quelque chose que j’aimerais faire. Mais ça n’a pas été évident de commencer, je n’y arrivais pas.

WZ : Comment ça s’est passé ?

L. : Et bien, par la suite, j’ai fait du portrait. Je me sentais plus à l’aise à faire du portrait. Je me suis beaucoup exercé. Et là, il manquait une alchimie, je l’ai su par la suite. J’ai compris rapidement qu’il me manquait cette touche humoristique que je pouvais atteindre avec le domaine de la caricature. Donc vers 17-18 ans, bien après, je me suis remis à la caricature. Et là c’était un peu plus évident pour moi. Peut-être parce que j’avais travaillé le portrait. Et là vraiment, j’ai passé 2-3 ans à faire un travail de recherche dans mon atelier, chez moi. Peaufiner mon trait en caricature. Après, à 20 ans, je me suis vraiment lancé en direct, et c’est venu plus facilement.

WZ : Quelles autres activités vous avez en dehors de la caricature ?

L. : Je vis de mon art, donc les caricatures c’est un bout de temps. Je veux dire, c’est peut-être un tiers de mon temps. Le reste du temps, je fais de la peinture. J’aime beaucoup la couleur et la matière. Je me lance dans différents projets. Je n’ai pas été vraiment édité. J’ai eu des reproductions ou des interviews dans des revues, mais je n’ai pas trouvé d’éditeur. J’avoue que je recherche aussi mon style. Je m’inspire beaucoup en tout cas de grands artistes de BD. Donc en plus de la caricature, je fais de la peinture et de l’illustration.

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