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INTERVIEW. Ultra Vomit : « Au départ, c’était juste pour boire un coup, et plus si affinité »

FESTIVAL AU PONT DU ROCK. Métaleux, mais pas que. Fetus, Manard, Flockos et Matthieu composent, à eux quatre, le groupe de métal parodique “Ultra Vomit”. Créé en 1999 à Nantes, les Ultra Vomit ont commencé sur le registre de la grindcore – un genre de métal plutôt “bouillant” – avant de glisser sur une peau de banane et avoir l’idée du siècle : mêler l’humour au métal. À coup de blagues, de paroles déjantées et de parodies en tout genre, les quatre potes ont conquis le coeur et les zygomatiques du public, qui s’étend au delà du monde métal.

Il y a un peu plus d’un an, le groupe sort son album Panzer Surprise, avec des titres déjà cultes : “Kammthaar”, “Évier Métal”, “Un Chien Géant” ou bien “Colojira”, une reprise allumée du célèbre “Face à la mer”. Avant de faire l’Olympia en octobre, les Ultra Vomit se frottent à la scène du festival Au Pont du Rock à Malestroit. Quelques heures avant leur (super) concert, nous les avons rencontrés. Une chose est sûre : ils réussissent avec succès l’exercice de la plus belle punchline. Interview, à lire au millième degré.

 

Panzer Surprise – Ultra Vomit – Verycords

 

Worldzine : Votre album Panzer Surprise est sorti le 28 avril 2017. Comment ça va un an après ?

Ultra Vomit : L’album va bien, il grandit, il commence à marcher là, d’ici six mois on enlève les couches ! Dans le cadre de cet album dont nous sommes relativement fiers – très friands même, nous le trouvons d’excellente facture – nous effectuons des concerts dans le but de le promouvoir. L’audience est au rendez-vous, plus qu’escompté. Tout ti va bene !

Quels sont les retours sur votre album ?

Tu veux dire quand les gens renvoient le CD brisé ? Ceci n’est jamais arrivé ! On a eu des retours sympas : un mec a mis le foetus du livret en pochette de l’album, c’était assez cool, on aurait dû y penser. Je pense que les retours négatifs nous sautent moins aux yeux. Dans l’ensemble, on a un enthousiasme de la part du client… Du PUBLIC pardon (rires).

Et du monde artistique ?

Tout le monde nous suce la bite. C’est une façon de parler, mais dans l’absolu, ils nous pompent le dar. Ils nous nettoient la queue à grands coups de dents. Pour être totalement précis, ils nous gobent le chibre (rires). En réalité, on est dans un créneau particulier : on fait de la musique et des vannes en même temps. Il n’y a pas grand monde qui prend mal les choses. On n’est pas sûrs que les artistes connaissent vraiment le groupe quand ils nous complimentent, mais de manière générale, ils ont une bonne image du groupe et on a de bons retours.

Des retours de Calogero, à propos de votre titre Calojira ?

À chaque fois qu’on a un numéro inconnu qui nous appelle, on se demande si c’est lui. “Tiens, un numéro parisien !”.  On écoute le message, et puis ce n’est pas lui. Ouf ! (rires).

 

 

Vous allez faire l’Olympia en octobre…

Matthieu : Sérieux ? Vous m’avez pas dit les gars, merci !

Flockos, Fetus et Manard : Parce que ce sera sans toi… (rires)

L’Olympia donc, le Hellfest l’année dernière, le Trianon… Lors de la création de votre groupe, vous auriez imaginé ce succès ?

Depuis 1999, quand on a écrit trois rimes dans un cahier de brouillon, on s’est dit qu’en 2018 on ferait l’Olympia. En vrai, on avoue… On pensait que ce serait en 2024. On est content que ça arrive plus tôt, c’est cool de devancer ses objectifs (rires). Mais il faut savoir que tout est calculé : quand on a commencé à faire du gros grindcore dégueulasse, on savait que ça finirait à l’Olympia. C’était d’ailleurs un peu blasant de savoir qu’on allait finir dans cette salle de merde (rires encore). Plus sérieusement, ce groupe est un accident et le concert de l’Olympia est le plus gros accident de ces dernières années. On ne s’y attendait pas du tout.

Votre marque de fabrique, c’est le mélange entre le métal et une bonne dose d’humour. Comment a émergé cette idée ?

On est des personnages vraiment très peu portés sur l’humour, on est très sérieux, jamais une blague. À chaque fois qu’on mange, on entend le bruit des fourchettes qui cognent contre l’assiette, c’est très triste (rires). Quand on s’est rencontré sur Tinder en l’an 2000 – enfin CaraMail – au départ c’était juste pour boire un coup et espérer quelque chose comme… une fellation tarifée. En réalité, quand on s’est rencontré, on s’est rendu compte qu’on était plus lié par l’humour que par ce qu’on écoutait. En musique, on peut écouter chacun des groupes différents – Exodus, Metallica, les Red Hot, ou les Beatles – mais on sera tous d’accord par un bon gros pet (rires). Le ciment de ce groupe, c’est les bonnes vannes.

En musique, on peut écouter chacun des groupes différents (…) mais on sera tous d’accord par un bon gros pet

J’aimerais revenir sur le clip Kammthaar. Il a explosé le nombre de vues. Ça vous a donné le vertige ?

Ce qui nous a donné le vertige, c’est lorsqu’on est monté au quarantième étage de notre hôtel. On est très content de ce clip, ça fait des putains de scores. Mais où placer le curseur ? On ne sait pas à qui se comparer. Si l’on publiait une vidéo de notre chat, je sais que l’on pourrait faire autant. Le million de vues, ce n’est pas ce qui compte. Ce qui compte, ce sont les vrais retours : les commentaires, les likes, les compliments des gens. C’est hyper agréable. Après si on sort autre chose, on va tout de suite comparer à ce qui est sorti avant, il peut y avoir de légères déceptions. Ceci dit, le clip “des Canards” – qui a été viré de Youtube car ce n’était même pas nous qui l’avions posté – devait égaler les vues de Kammthaar.

 

 

Vous vous éclatez à faire des clips ?

C’est assez éprouvant mais cool. C’est un travail que l’on connaît moins, donc on découvre. Sur Kammthaar et Évier Métal – que tu ne dois pas aimer car tu n’en parles pas – on était bien entouré. Après, plus on est ambitieux, plus c’est dur à réaliser. Mais le résultat en vaut souvent la peine.

Donc, passons à Evier Métal ! Il est sorti le 20 juin. J’ai repéré dedans un petit clin d’oeil à Shining. C’est quoi les films préférés des Ultra Vomit ?

Shining ! (en coeur)

Fetus : Alors moi c’est “Retour Vers le Futur”, “Les Bronzés font du ski”, et “Au Poste !” de Quentin Dupieux. Je mets “Au Poste !”  dans mon top 20 de tous les temps, car il est important pour moi. Il est imaginé comme il fallait, dans le sens où il m’a dérouté…

Flockos : Avec le recul, je dirais les trois premiers “Piège de cristal”, les trois premiers “Die Hard”, les trois “Indiana Jones” et la trilogie “Seigneur des Anneaux”. Ça va me suivre toute ma vie !

Fetus : Star Wars et les Dents de la Mer aussi !

Manard : Moi j’adore les films que vous avez cité, mais comme je suis hyper film d’horreur, je dirais “Hellraiser”, “Nekromantik” et “Braindead”.

Matthieu : Dans ce cas là je dis “Ghostland”, ou “Marthyr”. J’ai regardé “Hellraiser”, je l’ai trouvé à chier. 

Manard : Parce que t’es une merde !

 

 

J’ai observé que, grâce à vos textes, certaines personnes qui n’écoutaient pas de métal, se mettent à écouter vos chansons. C’était une volonté de votre part ?

Il y a aussi des gens qui écoutaient du métal et qui, maintenant, n’écoutent plus de métal (rires). En réalité, il n’y a pas de plan, on n’a rien de prévu. Notre seule ambition est de faire de notre mieux. Ça nous aurait peut-être fait chier de rester dans le microcosme du grindcore, mais de là à dire que c’est calculé, non. Avant tout, il faut qu’on aime ce qu’on fait. On se doute que notre musique fédère, mais on ne le fait pas dans le but de plaire au plus de personnes possible. Sauf si, dans deux ans, on a besoin de thune, et là on le fait.

Vous le ressentez en concert ? Par exemple, plus d’enfants…

Ouais c’est clair, il y a plus d’enfants. Dernièrement on fait des petits festivals très éclectiques, un peu moins axés métal, avec donc une clientèle brassée et diverse, et ça réagit plutôt bien. Encore cette… CLIENTÈLE ! (rires). Il faut différencier les concerts en salle, où les gens viennent pour nous, et les festivals, où les gens viennent pour les autres groupes. Si on prend le public en salle, on est sur des gens majoritairement métal. Mais la tranche d’âge du public a tendance à s’élargir : il y a des gamins qui n’était sûrement pas nés à notre premier album, des adolescents, jusqu’aux mecs de 50 ans.

Un nouvel album, c’est comme un after de soirée : on ne sait pas si on va re-boire de l’alcool ou pas.

Est-ce qu’on peut attendre un nouvel album ?

Alors là oui, vous pouvez l’attendre ! (rires) Impossible de faire des pronostics. Le prochain album sera peut-être un film ou un jeu vidéo. Un nouvel album, c’est comme un after de soirée : on ne sait pas si on va re-boire de l’alcool ou pas. Pour l’instant, ce n’est pas l’heure d’y penser.

Dernière question : votre nom, pourquoi Ultra Vomit ?

C’était pour associer deux mots qui sont “ultra” et “vomit” ensemble, et ne former qu’une seule entité. En 1999, Fetus était fan de grindcore et notait, sur son cahier de brouillon, des petits mots dégueulasses. Ultra Vomit est sorti du crayon, et c’est devenu le nom du groupe. Même si ce n’était pas voulu à l’époque, on peut percevoir ce nom comme une ingurgitation et une régurgitation de plein de morceaux (musicaux ou non), à la sauce pimpée et bien survoltée.

Propos recueillis par Benjamin Aleberteau.

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