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ENQUÊTE. Suppression de l’ENA : source de débats chez les étudiants en politique

POLITIQUE. Le 25 avril 2019, Emmanuel Macron s’est déclaré en faveur d’une liquidation de l’Ecole Nationale de l’Administration (ENA). L’école forme depuis 1945 les hauts fonctionnaires et les dirigeants français. Perçue trop élitiste et sectaire, elle ne permet pas de mettre en place une véritable diversification dans le domaine institutionnel. Enquête sur la perception l’ENA par des étudiants en science politique.

 

« Le problème n’est pas tellement l’ENA. C’est la société que représente cette école, et la vision que se font de la société les énarques. L’ENA c’est le symptôme, la cause c’est notre régime politique élitiste », déclare un étudiant interrogé par WorldZine à propos de la suppression de l’ENA. Ce thème fait débat autant dans les foyers que parmi les étudiants et les professionnels de la politique depuis le 25 avril, date de l’annonce formulée par le président de la république.

49,5% des étudiants interrogés ne sont pas intéressés par l’ENA

Une étude menée par WorldZine [1] montre qu’une interrogation se forme autour de la question de la suppression de l’ENA. Emmanuel Macron n’a pas évoqué de réelle solution de remplacement à un arrêt des formations proposées par l’école en question. « Cela rend, en outre, la situation des élèves préparationnaires assez précaire : aucun détail n’a été donné sur les délais de suppression, alors même qu’intégrer l’ENA relève souvent d’une opportunité à long terme, dans la mesure où l’on peut y accéder en interne », selon un élève interrogé. Cette absence d’alternative empêche certains jeunes de se projeter et remet leur orientation en question. D’autant plus que, pour certains, l’ENA est une perspective de carrière, voire un rêve d’enfant, l’aboutissement de valeurs qui poussent à vouloir agir pour changer les choses.

Je souhaite préparer le concours de l’ENA et intégrer la fonction publique, pour avoir l’opportunité de faire la différence : aider à améliorer le service public en le rendant plus proche des citoyens. Mon rêve serait que les Français soient fiers des services de l’État

Arthur, un élève de la Prépa objectif ENA de Sciences Po Bordeaux.

 

Seulement, l’ENA ne représente que pour une faible moitié des “sciencespistes” interrogés une opportunité de carrière envisagée (44,1%). 17,6% affirment que l’ENA est un de leurs projets professionnels et pour uniquement 9,5% l’école représente leur rêve. De plus, 49,5%, soit la part la plus élevée des interrogés déclarent ne pas être intéressés par une formation à l’ENA. Ces chiffres sont significatifs : en général, Sciences Po et l’ENA ne semblent pas être en corrélation immédiate. Dans le même temps, il semble incontournable de rappeler que le nombre de places que proposent les 10 Sciences Po est bien supérieur aux nombres de candidats accédant à l’ENA après concours.

 

Remaniement de l’ENA, synonyme d’un changement de mentalité éducative ?

Si l’ENA fait rêver Sciences Po comme elle pourrait faire rêver le reste des étudiants par sa réputation d’excellence, l’école est loin de faire l’unanimité. Son remaniement inquiète parce qu’il pourrait remettre en cause tout un système d’éducation “à la française” qui privilégie la méritocratie et les concours. C’est donc une culture éducative particulière qui s’est développée en France, alors même que le monde tend à se conformer au modèle américain qui met en avant la sélection sur dossier et se base sur le vécu des individus (engagements associatifs, sport, projets personnels). À travers le remaniement de l’ENA, c’est donc une question plus large qu’il conviendrait de se poser : la mort du système éducatif élitiste est-elle annoncée ?

 

Il s’agit de bien prendre en compte l’inquiétude qui règne quant au futur des formations de l’ENA et de savoir quel organisme viendra les assurer. Les étudiants pourraient croire en une nouvelle école qui, finalement, reprendrait les codes de l’ENA et ne changerait pas vraiment la donne, au delà d’un nouveau nom. On se rend également compte que l’ENA n’est pas si prisée que ce qui est ancré dans l’imaginaire collectif et qu’elle n’est qu’une voie, aussi envisageable qu’une autre, pour les élèves de Sciences Po.

Cette décision est-elle un changement de cap éducatif ou bien est-elle seulement une réponse politique à la critique élitiste qui sévit actuellement en France ? Pour le savoir, il faudra attendre de nouvelles informations sur le futur de l’ENA lorsqu’une décision gouvernementale sera prise.

 

[1] Sondage de Céline Lecat pour WorldZine de mai à juin 2019 auprès de 222 étudiants dans une filière politique : IEP, licence, autres grandes écoles

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