Amérique Football

PORTRAIT. Megan Rapinoe, une purple reine

FOOTBALL. La coupe du monde féminine a sacré championnes les Américaines. Elle a également permis au monde entier de découvrir la personnalité haute en couleurs de Megan Rapinoe. Portrait.

 

« Sur le podium, on a souri, on a fait des blagues, et il m’a regardé. Je sais qu’il sait qu’on va avoir une discussion sérieuse bientôt. » Cette phrase n’a pas été prononcée par un boxeur avant son combat, mais par Megan Rapinoe lors de la finale de la Coupe du Monde. Elle venait de gagner son combat. Du moins, celui qu’elle mène à chaque fois qu’elle rentre sur le terrain avec l’équipe des Etats-Unis. Double championne du monde en titre, la joueuse de 34 ans s’est imposée comme la star de son équipe et surtout de son sport. Et la personne à qui elle adresse cette phrase n’est pas n’importe qui. Il s’agit de Gianni Infantino, le président de la FIFA. Megan Rapinoe, peur de rien ni de personne ?

Le manque de visibilité du football féminin dans le monde était souvent justifié par l’absence de joueuses qui s’imposaient comme des modèles, des sources d’inspirations comme on su le faire d’autres sportives telles que Serena Williams ou Lindsey Vonn. Alex Morgan, l’attaquante américaine, Marta, élue 6 fois meilleure joueuse du monde ou encore Amandine Henry, la capitaine des Bleues, étaient les visages annoncées de cette Coupe du Monde en France. Et finalement, c’est une tornade aux cheveux violets qui a raflé cette place. Megan Rapinoe — passée discrètement en France par le club de l’Olympique Lyonnais en 2013 — est aujourd’hui l’incarnation du football féminin, de ses combats et représente surtout un symbole d’espoir dans son pays.

Une star nationale…

Le symbole Megan Rapinoe ne s’est pas construit durant la compétition. Dès le début de sa carrière, elle a su allier son talent pour le ballon rond à une tête bien faite. Aux Etats-Unis, les centres de formation sont de véritables universités regroupant les meilleurs joueuses de soccer, le plus souvent attirées avec des bourses, à l’instar des garçons. C’est à Portland dans l’Oregon que Megan Rapinoe entre à l’université en 2004. Et comme elle s’explique au journal Le Monde en 2013, « c’est un système vertueux. En continuant la pratique à haut niveau de ton sport, tu peux suivre également des études. A la différence des hommes — qui gagneront 50 millions de dollars [39 millions d’euros] s’ils sont suffisamment bons — les athlètes féminines savent qu’elles n’obtiendront jamais autant d’argent. C’est un encouragement à décrocher un vrai diplôme. » Elle y décroche un diplôme en sociologie et en sciences politiques. La joueuse a conscience de la fragilité de la pratique du football féminin en Etats-Unis et surtout de la difficulté de vivre de son sport. À cette époque, il n’y a pas de ligue professionnelle de football féminin aux Etats-Unis. Ce n’est qu’en 2012 qu’une ligue stable naît et à laquelle Megan Rapinoe prend part en intégrant l’équipe de Seattle.

La même année, elle révèle dans un entretien au magazine américain Out son homosexualité. Elle est actuellement en couple avec Sue Bird, une grande joueuse de basket aux Etats-Unis, ce qui a donné encore plus de retentissement à cette annonce. C’est une des premières sportives à l’avoir fait publiquement dans un milieu où l’homosexualité est taboue, moins chez les femmes que chez les hommes. Elle se sent déjà investie d’une mission sociale en lien avec ses idées politiques. Démocrate jusqu’au bout des ongles, elle s’exprime en faveur du mariage pour tous lorsqu’elle joue pour l’Olympique Lyonnais, le vote de la loi ayant eu lieu pendant sa présence en France.

Megan Rapinoe jouit déjà d’une bonne cote de popularité aux Etats-Unis où le football féminin est autant, voire plus suivi que le football masculin (du moins pour la sélection nationale). Son aura ne touche pour le moment que les Etats-Unis, mais la Coupe du monde féminine a permis de lui conférer la position qu’elle occupe aujourd’hui.

… devenue une icône internationale

Lorsqu’elle débarque en France, Megan Rapinoe se fait plutôt discrète médiatiquement. Pourtant, dans son pays, une affaire fait grand bruit. Avant le début de la Coupe du monde, les joueuses américaines ont porté plainte contre la Fédération américaine de soccer pour “discrimination”. Les joueuses lui reprochent de toucher moins de prime alors qu’elles génèrent plus de revenus que leurs homologues masculins. Megan Rapinoe et ses coéquipières se battent pour une égalité salariale réclamée depuis longtemps : une des causes de lutte des joueuses dans le monde en général. À ce titre, les Américaines vont figure d’exemple.

 

Megan Rapinoe est la nouvelle Mohammed Ali

Franklin Foer, The Atlantic

 

Mais au-delà du sport, elles incarnent aussi leur pays. Aucune ne le fait mieux que Megan Rapinoe, qui, durant le Mondial, a acquis un rôle politique. Pour elle, la Coupe du monde a constitué une tribune où, au fur et à mesure de la compétition, ses engagements ont pu être diffusés. Journaliste américain, Franklin Foer l’a d’ailleurs surnommé “la nouvelle Mohammed Ali”. Comme le plus célèbre boxeur de l’histoire, elle défend ce en quoi elle croit envers et contre tous. Même les plus puissants.

 

Dans cette vidéo promotionnelle tournée avant la Coupe du monde, elle exprime son refus d’aller à la Maison Blanche si jamais les Etats-Unis remportent la Coupe du monde. Donald Trump rétorque, elle doit déjà gagner pour y être inviter. Une fois la coupe ramenée à la maison, Megan Rapinoe et ses coéquipières refusent de l’amener à la Maison blanche. Lors d’une parade triomphale sur Times Square, elle ne manque pas l’occasion d’affirmer encore une fois ses convictions en défendant les droits des minorités. Notamment ceux des homosexuels.

 

Au fond, que ça soit chez elle ou aux yeux du monde, Megan Rapinoe garde sa ligne. Elle est devenue un symbole durant cette Coupe du monde, peut-être celui qu’il manquait au football féminin pour s’imposer sur la scène sportive mondiale. Après s’être agenouillée comme Colin Capernick en 2016, elle est maintenant debout les bras ouverts comme sa célébration lorsqu’elle marquait durant la Coupe du monde. Comme si elle avait décidé d’accepter ce rôle d’ambassadrice. Que commence le règne de la Purple Reine.

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