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CRITIQUE. Once Upon a Time… in Hollywood, quand Tarantino s’essaie à l’introspection

CINÉMA. C’est l’un des films les plus attendus de l’année, et pour cause, tous les ingrédients du succès sont réunis : un réalisateur émérite, un casting haut-de-gamme, et une affaire criminelle devenue mythique. Il semblerait d’ailleurs que cela fonctionne : avec plus de 190 000 entrées le jour de sa sortie, Once Upon a Time … in Hollywood constitue le meilleur démarrage en France pour Quentin Tarantino. Mais son neuvième film est-il à la hauteur des attentes qu’il suscite ?

Un Tarantino jouant avec ses propres codes

Que les puristes soient rassurés : la Tarantino-touch est encore bien présente dans cette neuvième création. On y retrouve de nouveau des références aux westerns et aux films d’arts martiaux, et même une scène où des nazis se font tuer (cette année, c’est la totale), des dialogues extrêmement bien travaillés, du révisionnisme historique et une violence jubilatoire. Les plus attentifs reconnaîtront même la marque de cigarettes Red Apple, vue dans Kill Bill et Pulp Fiction, qui figure cette fois-ci dans un spot publicitaire joué par Leonardo DiCaprio.

Mais à reprendre toujours les mêmes éléments et thématiques, on encourt le risque de perdre en originalité, et ça, Tarantino l’a bien compris.

Cinéphile notoire, le réalisateur inverse cette-fois-ci la perspective en faisant des références, qui constituent le sel de son œuvre, le sujet même de son film. Au final, n’est-ce pas pour lui un accomplissement ultime de les combiner presque toutes dans un même long-métrage ? On sent à travers la qualité de la reconstitution le plaisir qu’il a pris à la tâche.

La Blonde, la Brute et le Narcisse  

La qualité de Once Upon a Time … in Hollywood est également en grande partie portée par un casting dont la performance vaut la renommée.

Leonardo DiCaprio interprète Rick Dalton, un acteur de western sur le déclin devant se contenter de jouer les méchants dans des séries télévisées, servant ainsi de faire-valoir à de nouveaux talents. On retrouve un personnage narcissique et capricieux, qui perd peu à peu confiance en lui. L’une des meilleures scènes du film le montre ainsi, discutant avec une jeune actrice déroutante par son professionnalisme. Dans un dialogue à la fois drôle et touchant, elle lui fait réaliser que même dans un second rôle, il faut donner le meilleur de soi-même.

 

Crédits : Columbia Pictures, Heyday Films

À Rick Dalton, est opposée Sharon Tate (jouée par Margot Robbie), actrice à l’aube de la gloire, se cachant lors de la projection d’un de ses films pour guetter, pleine d’espoir, les réactions du public. Cantonnée à un second rôle, la jeune femme fait davantage figure de symbole, celui du passage au New Hollywood, un mouvement cinématographique marqué par prise d’influence des réalisateurs (comme son époux, Roman Polanski) au détriment des grands studios de production, ainsi que la représentation de thèmes jusqu’alors prohibés par le code Hays (la sexualité, notamment).

Néanmoins, la meilleure performance est de loin livrée par Brad Pitt dans le rôle de Cliff Booth, doublure cascade de Rick. Vouant une amitié inconditionnelle à l’acteur, il incarne quant à lui la simplicité et l’abnégation d’un homme n’ayant jamais connu le succès. Mais sous une attitude placide, Cliff couve une grande brutalité. C’est d’ailleurs à lui que l’on doit une grande partie des scènes de violences du film, son flegme et ses yeux rieurs ajoutant au côté jouissif des bagarres. Il règle par exemple son compte à Bruce Lee dans une scène dont les échanges tant physiques que verbaux sont hilarants.

Crédits : Columbia Pictures, Heyday Films

Exorcisme

Dans Once Upon a Time … in Hollywood, Tarantino joue constamment sur les dualités et les effets de miroir. Entre le vieux et le nouveau Hollywood. La célébrité instable de Rick et le paisible anonymat de Cliff. Les valeurs traditionnelles du duo et la contre-culture hippie. En résulte un pas-de-deux entre humour et mélancolie, nostalgie et peur de l’avenir, jusqu’à une scène finale où la violence laisse place à une douce réconciliation entre ces deux générations d’acteurs.

En s’interrogeant sur l’industrie du cinéma et la fragilité de la célébrité, ainsi que le passage à un nouveau mouvement cinématographique, le réalisateur tente peut-être d’exorciser ses propres craintes, après vingt-sept ans de carrière et le souci constant de se renouveler. Et en même temps, le foisonnement de références et la qualité de la reconstitution témoignent de son profond amour pour le septième art.

Tarantino signe ce qui est probablement son film le plus personnel. Peut-être est-ce sa manière de nous dire que même après neuf films, il continuera de rester fidèle à lui-même, et de nous transmettre sa passion du cinéma.

One Response

  1. Merci pour votre critique. Je n.aurai pas écrit plus complet ni concis. Toutefois, je suis déçu de ne pas y trouver d’avis personnel, pas plus que de cette subjectivité et partialité bien gauloise, garantie de créativité et d’innovation.
    En tant que femme, qu’avez-vous pensé de leur représentation tarantinesque et soixante huitarde?
    Quid des analogies avec deux succès récents : « the green book » et son chauffeur de star en fait la star du film?
    « Parasite » et la plongée dans le gore?

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