Économie Environnement

La décroissance : la marche vers une nouvelle société

ECONOMIE. Utopie pour les uns, remède miracle pour les autres, la décroissance est une notion qui fait débat et s’impose dans l’actualité à la faveur de la résurgence de la crise climatique. Et si l’idée de croissance n’était qu’une croyance parmi d’autres ?

Utilisé pour la première fois dans les années 1970, le concept de décroissance ne s’impose véritablement que dans les années 2000. Il s’oppose à celui de croissance et décrit une situation dans laquelle la production de richesses n’augmente pas, voire diminue. Il ne faut toutefois pas confondre ce concept avec celui de récession qui renvoie à un taux de croissance négatif subi. La décroissance est synonyme d’une démarche volontaire de diminution de la production.

La décroissance revendique une prise de conscience des enjeux environnementaux contemporains. Plus particulièrement, il s’agit de la prise de conscience que les ressources utilisées pour produire à grande échelle ne sont pas infinies. Il devient alors nécessaire de réduire la production et la consommation pour assurer la préservation des ressources et de la planète. 

 

Jungle brûlée dans le sud du Mexique pour les besoins de l’agriculture

Cette notion a pu être reprise par les mouvements altermondialistes car le principe qu’elle défend implique un équilibre à tous les niveaux, notamment entre le Nord et le Sud. Défendre la décroissance revient à prôner une baisse des prélèvements des ressources naturelles par les pays riches. Les pays pauvres auraient alors un meilleur accès à ces ressources, ce qui leur permettrait de se développer économiquement de manière raisonnée. 

Un concept au cœur des enjeux actuels

Suite au récent mouvement mondial de grève scolaire des jeunes, la question environnementale s’est imposée avec une nouvelle force dans le débat public. En témoigne l’engouement des jeunes autour de l’activiste suédoise Greta Thunberg.

 

En économie aussi, le mythe de la croissance vertueuse et nécessaire est de plus en plus remis en cause. Il y a aujourd’hui un large consensus chez les économistes pour reconnaître que la mondialisation creuse les inégalités, entre individus et entre pays. Thomas Piketty symbolise ce mouvement exposant les défauts d’une économie capitaliste qui cherche à produire toujours plus. À la suite la crise de 2008, le groupe des Economistes atterrés a été créé en France. Il vise à proposer des solutions autres que les politiques d’austérité et critique le libéralisme économique ayant mené à la crise des subprimes. Autrement dit, il cherche à développer d’autres schémas économiques et modes de pensée. 

La décroissance peut alors apparaître pour certains comme une solution. Les économistes libéraux s’y opposent car ils considèrent que produire moins reviendrait à dégrader le niveau de vie des populations. De manière simpliste, une diminution du PIB se traduirait par une diminution du pouvoir d’achat des ménages. Au contraire, ceux qui défendent la décroissance préconisent de baisser des indicateurs spécifiques de la croissance qui ne nuisent pas au bien-être des populations. Cela reviendrait par exemple à diminuer l’extraction des matières premières ou encore la productivité du travail. 

Répondre à la « finitude » des ressources  

La véritable question qui se pose est celle de la faisabilité de la décroissance. Est-ce une solution envisageable à la crise climatique ou n’est-ce qu’une utopie condamnée à ne jamais se réaliser ? Le débat est vaste et loin d’être tranché.

L’association lyonnaise des Lucioles est un exemple de défense de ce concept puisqu’elle vise à mettre en relation les individus intéressés par l’application de la décroissance. Interrogé par WorldZine, son président Laurent Bosetti distingue deux éléments motivant ce combat en faveur de la décroissance. La limitation des ressources naturelles doit ramener à la réalité et à la « finitude de la Terre ». D’autre part, cette lutte en faveur de la décroissance s’appuie sur la conception davantage philosophique que la société de consommation aliène les individus, par exemple à travers la publicité. 

Laurent Bosetti est conscient des critiques que sa position ne manquera pas de susciter. Aussi, il admet qu’appliquer la décroissance à grande échelle produirait le sentiment dans la population de reculer dans un certain degré de confort matériel. Cela amènerait à ce qu’il préfère nommer une plus grande « sobriété ». Surtout, il propose de renverser la perspective en affirmant que la véritable utopie est de continuer à vivre dans le système productiviste actuel sans rien changer. Le but est de parvenir à réguler la production et la consommation, par exemple à travers la limitation des voyages en avion. 

Jamais nos sociétés n’ont autant consommé ni n’ont autant pollué

Laurent Bosetti

 

Quand certains économistes défendent le système capitaliste en affirmant que le développement de la technologie est à même d’assurer une croissance « verte », les partisans de la décroissance n’y croient pas. Laurent Bosetti insiste sur le constat de la dégradation de la planète depuis une dizaine d’années, sans que le système capitaliste ne soit parvenu à trouver une solution. Les avancées technologiques dans le domaine environnemental ne suffisent pas à compenser l’augmentation continue de la production et de la consommation. 

 

 

Surtout, selon ses partisans, la décroissance représenterait un avantage pour les sociétés. Une amélioration du contexte environnemental aurait des effets positifs en matière de santé publique (maladies, pollution). Cette thématique est aussi liée à celle de justice sociale. Dans le cas de Lyon, Laurent Bosetti explique que la croissance démographique très forte de certains quartiers a conduit à une hausse du prix de l’immobilier qui rend difficile l’installation de nouveaux équipements publics. Des collèges de la métropole sont ainsi construits en matériaux préfabriqués. Or, appliquer la décroissance à Lyon reviendrait à stabiliser son expansion et contribuerait à diminuer ce type de problèmes. 

Un « sacré défi » à relever

Pour autant, appliquer la décroissance est loin d’être une solution faisant consensus. Il s’agit même d’une posture « effrayante pour la plupart des politiques » selon Laurent Bosetti, puisque même le parti Europe Ecologie les Verts (EELV) n’en fait pas mention. Le président des Lucioles admet volontiers que passer à la décroissance représente un « sacré défi », mais l’omniprésence de la thématique environnementale dans le débat public lui donne espoir pour la suite. 

Selon lui, seule l’éducation peut permettre de passer à la décroissance en changeant les mentalités, notamment notre « regard sur les choses » et notre « appréciation du bonheur ». Cette évolution est très difficile à prévoir et à imaginer car la société est sans cesse confrontée à l’apparition de nouveaux besoins (exemple de la dépendance aux écrans). Or, la décroissance doit être choisie par les individus et de manière plus générale la société dans son ensemble pour se réaliser. 

Les gens doivent choisir de renoncer à des besoins superflus de manière volontaire parce que cela sera vu comme quelque chose de libérateur

Laurent Bosetti

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