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La continuité pédagogique : les étudiants racontent leur expérience

EDUCATION. Lundi 13 avril, Emmanuel Macron a annoncé la réouverture progressive des écoles, collèges et lycées à partir du 11 mai. Mais les établissements de l’enseignement supérieur ne rouvriront pas avant l’été. En attendant, les cours et les devoirs continuent, mais à distance. La plupart des établissements n’ont pas annulé leurs examens ou concours.

Des logements trop petits pour travailler chez soi, un manque d’ordinateur ou de connexion internet fiable, des concours et partiels reportés, annulés ou modifiés, l’absence d’informations sur le déroulement de la continuité pédagogique… La liste des problèmes que peuvent rencontrer les étudiants et professeurs pendant le confinement est longue. Pour WorldZine, un professeur, des lycéens et étudiants un peu perdus témoignent.

Problèmes de connexion internet et professeurs portés disparus

Même s’il y a de moins en moins de zones blanches en France, certains étudiants et lycéens sont tout de même confrontés à des problèmes de connexion, ou n’ont pas accès à un ordinateur. « Mon cousin, qui étudie à l’université, vient tous les jours chez moi pour faire ses devoirs virtuels car internet ne fonctionne pas chez lui, alors qu’il n’est pas censé sortir de chez lui, comme tout le monde », déplore Nora, lycéenne en Guadeloupe.

Mais les cours à distance peuvent aussi plutôt bien se passer. « On a certains profs très impliqués, d’autres utilisent WhatsApp, on n’a pas l’impression d’être délaissés par ces professeurs-là », rassure Inès, étudiante en langue à Saint-Étienne. Elle ajoute toutefois que « d’autres profs nous déposent juste le cours sur la plateforme sans plus d’explications et d’autres ont carrément disparu. » Pour Inès, c’est parfois un peu compliqué de travailler seule, elle ne comprend pas toujours le cours sans la présence d’un professeur. Une situation malheureusement répandue.

Si certains professeurs ne donnent plus de nouvelles, d’autres donnent plus de travail qu’avant le confinement. Margot, étudiante en L2 d’histoire à Paris a des cours virtuels, même pendant ses vacances sur l’application Zoom. Elle précise avoir plus de devoirs qu’en temps normal : « on a plus de travail qu’avant le confinement, plus de travail que ce qui était prévu. »

Les examens et concours à distance

Dans les établissements de l’enseignement supérieur, les informations concernant l’organisation des partiels ne sont pas toujours claires. Étudiant en BTS gestion et protection de la nature en région parisienne, Pierre n’a aucune information pour le moment sur l’examen qu’il est censé passer en juin. C’est le cas de beaucoup d’étudiants en BTS dont la plupart passent leurs examens en mai ou juin.

Pour Inès, le déroulement des examens est clair mais ils ne sont pas très pertinents selon elle : « c’est un peu débile ce qu’il va se passer car mes partiels sont surtout des traductions à faire comme je suis en LEA, donc les faire à la maison n’a pas de sens, c’est vraiment simple de tricher. » Elle ne comprend pas pourquoi ses derniers partiels ont été avancés d’une semaine : « nos partiels vont tomber pendant ce qui devait être notre semaine de révision, on ne sait pas pourquoi. »

Pour ceux qui devaient passer des concours, le manque d’informations peut être encore plus stressant. Lana, étudiante en prépa B/L à Nancy, devait passer le concours du Celsa (École des hautes études en sciences de l’information et de la communication) : « les écrits du concours devaient avoir lieu le 20 mars, ils sont reportés mais on ne sait pas quand. » Lana allait aussi passer le concours de la BCE (banque commune d’épreuves, pour intégrer une école de commerce), les écrits n’auront pas lieu avant fin juin alors qu’ils devaient se tenir début avril. Quentin en prépa maths-physique essaye de relativiser : « je n’ai aucune information précise sur le déroulement des concours que je veux tenter, mais je sais au moins que les concours vont avoir lieu dans mon école. Comme nous ne sommes pas nombreux, ce sera facile de respecter les gestes barrières. »

Et au lycée ?

Les lycéens rencontrent souvent les mêmes problèmes que les étudiants. Pablo, lycéen en première générale dans le Vaucluse et membre de l’Union nationale lycéenne (UNL) vit dans une zone blanche. Il précise que « parfois, on ne peut pas du tout faire certains cours à la maison, je ne peux pas travailler ma spécialité théâtre à la maison, parce qu’il faut que mes camarades soient présents. » Comme les étudiants, il regrette que certains professeurs ne donnent plus de nouvelles du tout. D’après une enquête réalisée par l’UNL, 42,5% des lycéens déclarent ne pas avoir suffisamment de cours par visio-conférence, 17% n’en font pas du tout et 61,5% n’ont pas réussi à garder un rythme de travail régulier.*

Nora, en terminale S en Guadeloupe, suit les classes virtuelles que proposent certains professeurs. Elle continue à recevoir des exercices, surtout dans les matières scientifiques, mais aussi dans d’autres : « même le prof de sport nous envoie un programme à faire à la maison quotidiennement. » Si les épreuves de juin sont annulées, il est important pour elle de continuer les cours afin d’avoir les bases lors de sa rentrée en prépa. En première, les épreuves de juin ne sont pas toutes annulées puisque l’oral de français est pour le moment maintenu.

Si pour certains lycéens, comme Nora, l’annulation des épreuves terminales du bac est avantageuse, ce n’est pas le cas de tout le monde. En effet, ceux qui ont eu 10 ou plus pendant les deux premiers trimestres de terminale sont sûrs d’avoir leur bac, mais pour les autres, Jean-Michel Blanquer a annoncé qu’il y aurait en juillet des oraux de rattrapages. « En revanche, beaucoup d’élèves en mettent un coup au troisième trimestre, notamment pour décrocher une mention », se réjouit Stéphane Enjalran, professeur de philosophie au lycée et membre du secrétariat national de Solidaires. « On n’est pas à 8% de décrocheurs, comme le prétend Blanquer, de loin. Moi j’estime à un peu moins de 50% les élèves qui suivent encore un peu et aléatoirement. Les plus favorisés. La fracture numérique est une donnée sociale. Les élèves des catégories les plus pauvres sont les premiers à décrocher, le dispositif actuel n’a fait que l’accentuer. ». Selon lui, personne ne pouvait se connecter sur les plateformes de l’Éducation nationale (ENT et Pronote) les premiers jours du confinement.

*Source : Enquête de l’UNL, effectuée sur 200 lycéens entre le 12/04/2020 et le 21/04/2020

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