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Quand Juan Martin Del Potro renaît de ses cendres

TENNIS. Il en est des histoires qui vous clouent le bec d’émotion. Celle de Juan Martin Del Potro est imprimée de lettres d’or. L’immense cogneur gaucho poursuit son incroyable retour en force sur les cours ATP, en décrochant le premier Masters de sa carrière dimanche, à Indian Wells, comme pour ponctuer huit années de combat contre lui-même.

Longtemps on n’avait pas vu le natif de Tandil aussi enjoué. Cette tête de gamin interloqué en conférence de presse par ce qui lui est tombé sur la caboche. L’impression d’une deuxième naissance. L’homme vient tout juste de s’adjuger son second plus beau trophée, un Masters 1000 (6-4, 6-7, 7-6). Pourtant, le Del Potro de ce dimanche ne différait pas grandement de son homonyme des jeunes années. 2008, 2009.. Oui, celui qui dévastait tout sur son passage, à coups de déferlantes du droit, tout en foutant la trouille à un Big Four d’un autre temps, de niveau galactique celui-là, et plus particulièrement à Roger Federer, même à son meilleur jour. L’Hélvète avait eu plusieurs fois affaire à Del Potro. Flushing Meadows en avait par ailleurs tremblé ce 14 septembre 2009, soir de finale d’US Open.

Au terme d’un spectacle éblouissant, on avait retenu les pleurs de ce vingtenaire argentin venu à bout de la bête Federer, en 5 sets épiques. C’est dire si le grand gaillard de 29 ans se regardait, ce dimanche, dans le miroir du temps. Il faut dire que sa carrière a failli péricliter. Le colosse était, sans le savoir, né le poignet en argile, synonyme d’éternels arrêts de compétitions et d’une constante remise en question.

Épée de Damoclès

Dès 2010, un peu moins d’un an après son sacre à l’US Open, les premières douleurs ressenties sont suffisantes pour envoyer Delpo sur le billard. C’est le début d’un long chemin de croix pour l’Argentin, peu à peu empoisonné par une série de rechutes, dès 2010, en 2014, puis fin 2015. « Tout le monde sait que j’ai été à deux doigts d’arrêter ma carrière avant ma troisième opération », dira t-il sur le tard.

Cette fois, la reprise s’acte en douceur. Faire en sorte que l’histoire ne se répète pas. Le Del Potro de 2013 avait peut-être été flamboyant, sa demi-finale d’extraterrestre à Wimbledon face à Djokovic parle en effet pour lui, mais son travail constant sur les poignets ne l’avait pas épargné. Deux années à ronger son frein le forcent donc début 2016 à repartir de zéro.

L’Argentin doit dorénavant accepter sa propre épée de Damoclès au-dessus de la tête. Savoir jouer malgré les sensations de douleur est la clé, selon les mises au points de son chirurgien orthopédique, Dr Richard Berger. « L’irritation c’est ok, les dommages c’est non », expliquait le spécialiste au New York Times. D’où l’importance pour le joueur de se jauger de lui-même : « Il y a énormément d’appréhension que la douleur revienne, même si elle est fantôme », ajoutait-il. « C’est la crainte de oh, si j’ai mal frappé ou trop frappé, je vais terminer une nouvelle fois avec la même chose. Et Dieu soit loué, Juan a fait face à cela. »

Revers slicé

La décontraction du Delpo de dimanche fait montre du long chemin parcouru. Il a certes rencontré un Roger Federer diminué de son gros combat en demie face à Coric. Mais l’Argentin ne lui a laissé que les miettes, de sorte que le numéro 1 mondial, laborieux pour recoller à un set chacun, s’est difficilement accroché au rythme imposé sur cette finale.

Question revers, il slice nettement plus que par le passé (plus de la moitié d’entre eux contre 13 % auparavant) allégeant au maximum la pression sur son poignet. La douleur s’atténue tout en lui permettant de ralentir le jeu à sa guise notamment sur des phases d’échanges de longue durée. Le Fed’ peut aussi témoigner de l’efficacité du procédé, friand d’une gourmandise que de gros cogneurs n’apprécient guère. Pourtant Delpo estime qu’il a encore de la marge. « J’ai envie de continuer à me surprendre », lançait-il en conférence de presse. L’âme du champion est insatiable de trophées.

Et forcément l’envie mordante de faire la peau aux canonniers du circuit. Lors de sa dernière demie de l’US Open, Nadal, au revers ultra chopé, a pourtant su le neutraliser sur son talon d’Achille. L’Argentin mis à contribution côté revers, le doute a gagné son esprit et bien que remportant la première manche l’homme a finalement jeté les armes face à Rafa.

Grand chelem

Le retour à un revers à deux mains s’avère vital pour garder la main sur de longs combats. Quitte à faire pivoter sa main gauche. Le risque est à prendre pour un joueur à la fleur de l’âge, à l’heure où l’historique Big Four a de la rouille sur la tôle. Ayant intégré le top 10 de mois-ci (numéro 6 mondial), il n’a jamais été aussi proche de son niveau d’antan. Le Masters n’est en réalité qu’un énième pallier d’un comeback exemplaire.

Les Jeux Olympiques de Rio l’avaient ramené du bord du Styx, après son coma tennistique de 2 ans. Djokovic et Nadal en avaient notamment fait les frais. Comme si une médaille d’argent olympique ne suffisait pas, il était allé chercher la Coupe Davis en novembre de la même année, dégoûtant la sélection croate de Marin Cilic. Il est assurément parti pour aller loin. Avec l’acclamation populaire lors de chacun de ses combats comme catalyseur. En le regardant jouer, il y a comme un soupçon de quasi-achèvement mental et technique dans son style de jeu. Ainsi, à ce rythme-là, après 14 grands chelems ratés pour blessure, on imagine Del Potro dès cette saison faire le plus beau pied de nez à son propre corps.

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