Culture Musique

REPORTAGE. Les Vieilles Charrues 2018 aux couleurs de l’été indien

La vingt-septième édition du festival Carhaisien a eu lieu de jeudi à dimanche, avec de nombreuses nouveautés et une programmation ultra éclectique. Sans surprise, le pari est encore réussi pour le mythique rendez-vous culturel breton.

280 000. C’est le nombre d’entrées enregistrées par cette édition 2018 sur les 4 jours de festival. Le chiffre égale celui de l’année passée, mais n’en reste pas moins impressionnant : il s’agit de la plus grande affluence de tous les festivals de France. Pour atteindre ces sommets, les Vieilles Charrues misent sur une incessante créativité et un renouvellement permanent qui portent leurs fruits.

Le site, encore un peu plus grand cette année, a été remodelé afin de proposer plus de nouveautés. Parmi elles, une nouvelle activité de tyrolienne au Park du Château ou encore un stand de restauration étoilée. La surface du site a donc augmenté de 50% en deux ans, selon l’organisation, pour mieux rappeler que les Vieilles Charrues ne se résument pas à une programmation musicale clinquante.

La culture pop indienne à l’honneur

Côté thématique, la prairie de Kerampuilh a revêtu ses plus chaudes couleurs en embrassant la culture indienne, façon Bollywood. Un mini Taj Mahal et d’autres structures décoratives ont fleuri sur le site, faisant de cette édition 2018 une des plus travaillées et impressionnantes visuellement parlant.

Pour l’occasion, c’est l’orchestre Olli & the Bollywood Orchestra accompagné d’Olivier Leroy qui a ouvert le bal sur la scène Kerouac. Un savoureux mélange de culture bretonne et indienne, mêlant cithares et guitares électriques. Pour couronner le tout, une parade éléphantesque était au programme aux alentours du Park du Château, pour poursuivre ce voyage exotique et haut en couleurs.

Une programmation variée et explosive

Fidèle à l’éclectisme qui fait sa force, la programmation a fait la part belle aux musiques actuelles et hybrides en tout genre pour cette cuvée 2018, à l’image du paysage musical actuel. Depeche Mode donne d’ailleurs le ton dès le premier jour. Légende de la New-Wave, avant-gardiste en terme d’hybride électro-rock, le groupe britannique a superbement lancé les hostilités grâce à son énergie scénique et ses tubes indémodables. Dans une continuité magistralement sentie, le groupe belge Soulwax a pris le relais et a sublimé cette soirée grâce à son électro/techno/rock percussif.

Mogwai ©Worldzine

Vendredi, le rock indie psychédélique de Portugal. The Man fait vibrer Glenmor et met en jambes les festivaliers. S’ensuit le rock progressif et expérimental des Écossais de Mogwai, alors que Therapie Taxi met le feu à Grall grâce à ses tubes Hit Sale et Salop(e). Liam Gallagher ravit les fans d’Oasis en reprenant les succès du groupe pilier de la Britpop pendant que Lomepal retourne le public de Grall. Pour conclure la soirée, le Norvégien Kygo remue la foule des plus braves festivaliers à coup d’EDM entraînante.

La journée de samedi débute par la pop douce et mélodieuse de la québécoise Charlotte Cardin, mêlant compositions et reprises détonantes, dont celle de Go Flex du rappeur Post Malone. Plus tard, Damso enflamme le public de Glenmor qui reprend à l’unisson les succès du rappeur belge.

Gorillaz ©Worldzine

Mais la véritable sensation de la journée s’appelle Gorillaz. Le groupe britannique de Damon Albarn est en démonstration ce samedi soir. A l’image du groupe aux allures de collectif, le show, d’abord emmené par l’ancienne vedette du Blur, se mue en fresque visuelle et musicale, multipliant les allées et venues des artistes ayant collaboré avec le groupe. Au sommet de son art, Gorillaz fait encore une fois l’unanimité et place la barre haute.

Sur la scène Kerouac, Massive Attack a la lourde tâche de maintenir le niveau. C’est réussi pour le groupe britannique, qui hypnotise le public grâce à son rock expérimental et groovy tout en livrant un message politique et social fortement anti-capitaliste et anti-nationaliste. Autant dire que Trump en a pris pour son grade. Enfin, c’est le duo français Ofenbach qui clôt la soirée, malgré un retard d’une heure due à leur installation live inédite.

Enfin, le dimanche, dernier jour des festivités, met en exergue la musique francophone. Angèle débute la journée sous le soleil de plomb carhaisien. La jeune belge, chouchoute du public, séduit grâce à sa pop dansante, son humour et son énergie. Pendant ce temps, Voyou rameute les curieux sur la scène Grall. Seul sur scène, avec ses instruments divers et son ordinateur, ce nouvel acteur de la pop électro française charme par son jeu de scène naturel et décalé, sans artifices, inscrit dans cette nouvelle vague insouciante et rayonnante d’une pop mêlant sons électroniques et instrumentaux.

Puis, sur Kerouac, Roméo Elvis est déchaîné. Le rappeur belge se fait plaisir et chauffe le public, provoquant pogos sur pogos dans un show bouillant. En début de soirée, le Rennais Lorenzo et son crew suchauffent Grall. La prairie fourmille d’un public rallié à la cause du trublion, reprenant à tue-tête les morceaux de ses deux albums. En guest l’arrivée du groupe Columbine, dont fait partie Lorenzo, pour finir en trombe le live énervé de “L’Empereur du sale”. S’ensuit le live d’Orelsan sur Kerouac, de haute voltige malgré des problèmes de son récurrents ayant terni quelque peu la soirée. Alors que la fin des festivités approche, The Limiñanas scotche le public et confirme son statut de sensation rock du moment grâce son garage psyché frénétique, sobre et tout en maîtrise. Fatboy Slim clôt définitivement la soirée avec un set très Dance.

The Limiñanas ©Worldzine

Une édition colossale certes, mais aux pieds d’argiles

Ce sont les mots employés par Jérôme Tréhorel, directeur du festival, pour qualifier cette 27ème édition. À l’heure où les grands groupes commencent à s’immiscer dans le paysage festivalier français, comme en témoigne le rachat pressenti de Garorock par Vivendi ou les installations récentes de Lollapalooza et Download festival dans la capitale, les Vieilles Charrues fait figure de dinosaure parmi les festivals. Un modèle à l’ancienne, certes, mais qui montre l’exemple en se renouvelant chaque année, musicalement et culturellement, qui tient bon face à la concurrence tout en étant un véritable poumon culturel, social et économique pour la région.

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