Médias

VIDÉO. « Facebook préfère nous montrer des choses qui nous énervent » Thomas Huchon

 

FACEBOOK. Le réseau social s’immiscerait-il jusque dans la fabrique de l’opinion publique ? C’est ce que tente de montrer Spicee, l’École de journalisme de Sciences Po et le magazine Le 1 dans une nouvelle enquête parue début juin. Rencontre avec Thomas Huchon, journaliste et réalisateur du documentaire.

 

Pour réaliser cette enquête, une poignée d’étudiants de l’École de journalisme ont endossé un compte Facebook fictif, incarnant une certaine couleur politique chacun. Après avoir choisi un nom et une photo de profil, les étudiants ont fait vivre leur profil en le maintenant actif.

Comment Facebook choisit-il les contenus de notre fil d’actualité ?

Le but reste relativement simple : faire comprendre à Facebook l’opinion politique prétendue de ces profils, et observer le type de contenu que le réseau leur délivre. « 40% des pages “likées” étaient politiques, avec les médias qui correspondaient à ces couleurs politiques […] à côté de ça, on avait 60% de choses qui n’avaient absolument aucun rapport avec la politique », nous indique Thomas Huchon.

À l’aide de ce « kiosque » numérique, l’équipe tente de comprendre le mode de restitution de l’information par le réseau social. Expérience réalisée sur un profil abonné au Stade rennais : aucun contenu relatif à la victoire des Bretons lors de la Coupe de France n’est ressorti contrairement à l’agenda médiatique du moment.

On a du mal à savoir ce qui intéresse profondément [Facebook], mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a des comportements qui l’intéressent. Ce qui va intéresser Facebook c’est que vous soyez actif sur la plateforme. Et il a compris que lorsqu’il vous met des choses mesurées, modérées et tranquilles, ça ne génère pas d’hyper-réaction votre part

Facebook souhaiterait donc nous choquer, nous émouvoir avec des contenus violents ou partisans d’après le journaliste : « vous allez réagir, vous allez mettre un commentaire, vous allez liker, partager […] Ce qu’on comprend, c’est que Facebook se fout de la politique, ce qui l’intéresse, c’est de nous maintenir actifs. »

« Produire de l’information implique des responsabilités »

Rappeler que produire de l’information reste un métier est indispensable pour Thomas Huchon. Facebook nous enfermerait dans une bibliothèque d’informations choisies spécialement par des algorithmes pour nous plonger dans un monde manichéen.

L’enquête fait ici ressortir un caractère très particulier du réseau social, la valeur de l’information, son authenticité, et sa véracité : « Facebook a réussi à faire aujourd’hui le pire cauchemar de Jean-Luc Godard : l’objectivité, c’est pas 5 minutes pour les Juifs, 5 minutes pour Hitler, sur Facebook, si », regrette Thomas Huchon.

Il n’y a pas de liberté de la presse en France […] Elle est conditionnée à deux choses : quand vous voulez vous exprimer, que vous soyez identifiable, et qu’on puisse vous tenir comptable des propos que vous avez tenus

Notre-Dame, un incendie qui s’adapte à chaque bord politique

Devant l’incendie de Notre-Dame de Paris, les profils Facebook de sympathisants Les Républicains voient en l’incendie de Notre-Dame une attaque contre l’Église catholique, les profils Gilets jaunes y voient un complot du Gouvernement, et les profils Rassemblement national y voient un « coup » des musulmans.

« S’il y a un conseil à donner aujourd’hui pour tous les Français qui s’informent avec les réseaux sociaux : quand ça nous énerve beaucoup, il faut s’arrêter et réfléchir un tout petit peu »

 

Une interview à retrouver en intégralité dans la vidéo jointe à l’article.

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