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INTERVIEW. Les Ramoneurs de Menhirs : « Nous sommes en Bretagne de Fougères jusqu’à Clisson »

MUSIQUE. « Nous sommes en Bretagne de Fougères jusqu’à Clisson », c’est le message porté par le titre La Blanche Hermine des Ramoneurs de Menhirs. Dans un contexte politique et social en pleine rupture, les textes engagés des Ramoneurs sont plus que jamais d’actualité. Nous avons rencontré Loran, Eric et Richard pour un entretien enrichissant et sans retenue.

W.Z : Votre nouvel album, Breizh Anok, est sorti juste après le Hellfest, cette première date de tournée tombait à pic, c’était une aubaine pour vous ?

Loran : Exceptionnellement, on a avancé sa date de sortie pour le Hellfest car le Bagad de Quimperlé qui nous accompagne sur tout l’album jouait avec nous. On adore l’esprit du festival, il y a une grande convivialité. Jouer avec un Bagad à Clisson, c’est symboliquement très important, on affirme que l’on est en Bretagne.

Donc Nantes c’est la Bretagne selon vous ?

Loran : Bien sûr ! Nantes c’est la capitale de la Bretagne ! C’est le maréchal Pétain qui a séparé Nantes de la Bretagne lors de la 2nde Guerre Mondiale, certainement pour casser l’insurrection. Il a été considéré comme un traître à la nation, logiquement tous ses décrets ont été annulés, sauf celui là ! Je trouve ça hallucinant. D’ailleurs dans La Blanche Hermine il est chanté que nous sommes en Bretagne de Fougères jusqu’à Clisson.

Breizh Anok, ça parle de quoi ?

Loran : Ce qui est sympa dans le nom de cet album c’est que contrairement à ce que l’on pense il n’y a qu’un mot de breton, « Breizh » qui veut dire Bretagne. « Anok » [se prononce “Anokei'”, contraction de “Anarchy en anglais, Ndlr] signifie en argot, banlieusard de Londres. C’est un hommage au mouvement Anarchiste Punk, une fusion entre la Bretagne et le Punk. On a tendance à oublier qu’à la fin des années 70 il y a eu une grosse explosion du Punk avec les Sex Pistols, les Damned, les Clash, les Ramones, etc.. Et tous ces groupes étaient produits par des Majors Companies, ils se disaient antisystèmes, mais cautionnaient le système à fond !

Eric : Et donc en 1979 il y a eu un gros mouvement de protestation avec le groupe Crass qui a créé le label indépendant Crass Records et qui est revenu aux sources du punk, et à ses véritables valeurs, l’anarchie, la solidarité, etc…

Loran : Il y a un message là dedans, il faut arrêter de cautionner les Major Companies qui sont financées par l’armement américain et qui empêchent la liberté d’écriture. Avec Crass Records, le but était de créer un label indépendant, de faire sa propre musique, même si la qualité et les moyens étaient moins performants, le principal c’était l’énergie que tu mettais dans ta musique. C’est un hommage à toute cette période. C’est ce mouvement Punk là qui me plaît. On revient plus qu’aux origines du Punk, on revient clairement aux origines du Rock. Le Rock est né dans un champ de coton selon moi, et quand tu décides de monter un groupe, il faut s’en souvenir, et le respecter. Etre libre et défendre la liberté.

Les Ramoneurs de Menhirs

Votre notoriété en Bretagne et même à l’échelle nationale est bien ancrée désormais, en regardant derrière vous, vous êtes satisfaits du chemin parcouru ?

Eric : Dernièrement, il y a des jeunes qui sont venus me voir et ils m’ont dit « ça fait 10 ans qu’on vous écoute, depuis qu’on a 6 ans ! » et ça fait plaisir parce qu’au delà de la musique, il me raconte des choses et je vois qu’il a compris notre message, et ça, ça me touche profondément.

Loran : C’est la première fois que j’atteins une telle longévité avec un collectif. Avec les Bérus on a duré 7 ans, avec Tromatisme 5 ans, les autres groupes que j’ai eu ont duré 1, 2 ou 3 ans. Le secret avec les Ramoneurs c’est qu’on est différents, mais en osmose quand il le faut, et ce sont ces différences qui nous tirent vers le haut. Je pense que dans la continuité du groupe, la prochaine étape serait de vivre en collectif, dans un petit hameau ! On ferait un petit Hellfest à notre façon, on pourrait appeler ça un Punk-Noz ! On a tout ce qu’il faut en Bretagne pour réaliser tout ça et pour que ça soit excellent !

Vous êtes accompagnés du Bagad de Quimperlé sur votre album, on sait à quel point le patrimoine breton est important pour vous. D’un point de vue personnel et artistique, qu’est ce que cette collaboration vous apporte, sur scène et en dehors ?

Loran : J’ai joué du Punk Rock toute ma vie, je joue sur deux ou trois accords, c’est assez minimaliste ! J’adore les mélodies, et je pense qu’une belle mélodie est mise en valeur sur une rythmique basique et simple, pour la laisser se développer. Et ce que le Bagad amène par dessus, pour moi c’est de la symphonie. J’hallucine de les voir faire ces accords en osmose tous ensemble dans des tons différents. Quand on répète maintenant c’est pour des nouveaux morceaux, pour créer, sinon on ne répète pas ! Maintenant quand on est sur scène, une mécanique se met en place c’est impressionnant, on est en osmose. Et ce Bagad là a une particularité historique : en plus de leur costume traditionnel, chemise blanche, gilet et pantalon noirs, ils ont une ceinture rouge, qui vient du Front Populaire. Le Bagad de Quimperlé s’est formé à cette époque, en 1936. Il a une connotation politique très forte, c’est le seul Bagad qui a une ceinture rouge. Eric et Richard y ont joué pendant 10 ans et ils y ont été champions de Bretagne ensemble en 1989 ! A la fin des Béruriers, c’est quand même fort ! Il y a plein de symboles comme ça qui nous lient.

D’où vous est venue l’idée de mélanger le Punk et la musique Celtique ?

Eric : C’est une très vieille histoire ! Ca date de novembre 1985 ! C’est grâce à ma grand-mère en fait. Ca a commencé avec les Bérus. On se connaissait déjà tous bien avant la formation des Bérus. Mon cousin était Saxophoniste chez eux, et un jour on s’est retrouvés ensemble chez ma grand-mère et on s’est fait un délire Saxo/Bombarde, et ça a débouché sur l’idée de mélanger le Rock et la musique bretonne. Après on s’est séparés, on s’est retrouvés ainsi de suite jusqu’en 2003 à la reformation des Béruriers, où ils ont appelés tous les membres qui ont appartenu au groupe. On a fait les Trans’musicales à Rennes, ensuite Astropolis à Brest en 2005. A cette époque on jouait déjà en couple avec Richard et on préparait un disque. Donc on a dit à Loran « Tu nous as fait jouer sur ton album est ce que tu veux venir jouer sur le nôtre ? », et voilà comment tout ça a commencé !

Loran : Il y a une culture Punk Rock incroyable en Bretagne. Des groupes Punks de renommée internationale sont venus jouer ici sans passer nulle part ailleurs en France. Il y avait ce squat à St-Brieuc, « Le Wagon », il accueillait des groupes Punks de partout dans le monde ! La dernière fois j’étais dans un festival complètement Païen ou tout le monde était écroulé à 5h du matin dans le village. Une mamie sort ouvrir ses volets à 6h, elle voit un punk à crête allongé sur la porte, elle lui sort « jeune homme, restez pas dehors, venez à la maison boire un café ! ». Eh bien c’est ça la Bretagne. C’est pas parce que tu as une crête que les gens vont te juger autrement. C’est pas partout comme ça évidemment, mais on sent qu’il y a quelque chose de particulier ici ! C’est le côté insoumis de la Bretagne qui fait qu’elle soit si punk. Que les jeunes se révoltent c’est une chose excellente, il ne faut juste pas adopter de mauvais comportement, ce n’est pas parce que tu es punk que tu as tous les droits et qu’on ne va pas te juger.

Votre ligne politique est claire et engagée. Avez vous un message à faire passer aux jeunes déboussolés ou découragés par le paysage politique Français aujourd’hui ?

Loran : C’est très bien que les jeunes soient déboussolés, ça va peut être les faire réfléchir. Pourquoi ils flippent ? Parce qu’il n’y aucun candidat qui les représente ? Alors comme ça ils ont besoin d’avoir un homme politique qui les représente ? C’est du grand délire. On a pas besoin de politique à tort et à travers. On a pas de conseil particulier à donner aux jeunes, il faut qu’ils fassent comme ils le sentent ! Il faut apprendre et promouvoir le vivre ensemble, s’accepter avec nos différences, ne pas écouter ce qu’on nous dit. Il faut vivre, sortir le soir, ne plus avoir peur de tout ça ! C’est mon côté Hippie, mais je pense sincèrement que si on veut sauver cette planète pour nos enfants, il faut privilégier le contact, la connexion humaine entre les peuples, retrouver nos espaces de libertés, tout ce qu’on a vécu, nous, quand internet n’existait pas !

Sur votre site internet on remarque une certaine sensibilité à l’écologie, c’est un sujet qui vous tient à cœur ? En tant qu’artistes et également au quotidien, comment agissez vous pour la préservation de l’environnement ?

Loran : C’est la base, le respect de la terre c’est comme l’éducation des enfants. On ne peut pas se respecter soi-même si l’on ne respecte pas la terre. Avant de bourrer le crâne de nos enfants à l’école, il y a des bases à revoir, à inculquer. Les Iroquois, qui ont été exterminés par les colons, ont été traités comme des animaux. N’empêche que eux, avant de faire une action sur la nature comme couper des arbres ou n’importe quoi d’autre, ils réunissaient un conseil qui réfléchissait aux conséquences de leurs actes sur neuf générations. Nous on n’est pas foutus de faire ça. Et c’est nous les gens civilisés ? Et le pire dans tout ça c’est que la France se permet de donner des leçons de paix et de liberté à travers le monde, mais paradoxalement c’est un des pays qui vend le plus d’armes ! Il faut être clair avec ça, à partir du moment où l’on considère que telle chose est dangereuse, on arrête d’en vendre. Arrêtons ces machines à tuer, commençons à réfléchir et n’attendons pas que la solution vienne d’un politique ou d’un parti, c’est fini tout ça, ces gens là sont ici pour leur propre carrière. Le Pen et même Mélenchon, c’est du populisme gerbant. Soyons autonomes, apprenons à vivre collectivement, et la vie coûtera moins cher. Mais c’est à nous, et seulement nous de mettre tout ça en place.

Vous avez de l’espoir pour l’avenir ?

Loran : Evidemment, on n’aurait pas d’enfants et de petits-enfants sinon. Même si les choses paraissent noires… Il y a un proverbe asiatique qui dit « C’est dans la merde que pousse la fleur de la solidarité ». Il y a quelque chose de fort chez l’humain, c’est que parfois c’est dans la difficulté qu’il trouve les ressources nécessaires pour réagir. C’est triste et malheureux, en tout cas on est bien dos au mur donc c’est maintenant qu’il faut réagir.

Eric : La manière dont les gens vivent aujourd’hui, elle ne tiendra pas longtemps.

Loran : Ca ne durera même pas 10 ou 20 ans. Il faut qu’on réagisse maintenant, moi j’en ai marre de dire « demain ». Arrêtons de pointer du doigt des « fautifs » comme le fait le FN. Ce qui arrive, c’est de notre faute. Le système dans lequel on vit, on l’a tous voulu ! Si on veut un autre système, il faut qu’on le bâtisse. Le système est un vampire qui se nourrit de nous, quand on ne le nourrira plus, il va s’effriter et s’éteindre seul, sans violence. Je ne crois pas en la révolution, car elle tue des gens, et elle est récupérée par des mouvements et des partis politiques. Je crois en l’évolution, car elle, est irrécupérable. C’est pas forcément radical comme renversement, ça doit se faire petit à petit avec des gestes au quotidien, par exemple ça fait 10 ans que j’ai le même verre, à tous mes festivals et mes concerts ! Je ne jette plus mes mégots par terre, j’ai une poche pour les mettre. Il faut être radical dans la mesure du possible, il faut pas mettre la barre toujours trop haute ça ne sert à rien. Il n’y a pas de meilleurs écolos que d’autres ou quoi que ce soit. Le plus important c’est la notion de collectif.

One Response

  1. Vous êtes sûr que “la blanche hermine” c’est des ramoneurs de menhirs ? Et Gilles Servat, il n’existe pas pour vous ?

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