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INTERVIEW. Fakear : « Avec la musique électro, il faut assumer son identité et foncer »

FESTIVAL AU PONT DU ROCK. Qui de mieux que Fakear pour envoûter les soirées d’été ? Programmé au festival Au Pont du Rock à Malestroit le 4 août, Théo Le Vigoureux, de son vrai nom, est l’un des artistes les plus “chill” de sa génération. Sa musique électronique, envoûtante et pleine d’évasion, rassemble de plus en plus d’adeptes. Deux ans après le succès de son premier album “Animal” qui le révèle au grand public en 2016, il sort All Glows, un album éloigné de son style habituel. Un pari risqué, avec des sonorités plus “pop” et un côté mainstream pour séduire les sceptiques. Fakear tente et réussit. Mais la parenthèse se referme : prochaine étape, se retourner vers l’essence de son projet et ses débuts. 

À quelques pas de la scène “Dragon” du festival Au Pont du Rock, où il s’est produit quelques heures plus tard, nous avons retrouvé Fakear. Casquette retournée sur la tête – qu’il abandonnera pour un chapeau devant son public – et style décontracté, il s’est livré avec le sourire sur son album, ses inspirations et son avenir. Interview.

 

All Glows – Fakear – Mercury Records

 

WORLDZINE : Bonjour Fakear ! Cette année, tu as sorti ton dernier album, All Glows. En quoi est-il différent de ce que tu as fait auparavant ?

FAKEAR : Salut ! J’ai changé de méthode pour cet album. J’ai fait beaucoup de morceaux en studio, j’ai collaboré avec des chanteurs, des chanteuses et d’autres producteurs, qui m’ont aidé à composer. Il part dans tous les sens, ce qui crée un beau melting pot de morceaux bien différents les uns des autres. J’ai tenté de pousser le bouchon le plus loin possible dans mon côté mainstream pour voir où ça me menait, et je suis content du résultat. Ce virage pop m’a beaucoup apporté, maintenant je vais revenir à mes débuts, avec des titres plus roots. All Glows est un enfant qui est arrivé à ses 18 ans et que je laisse maintenant faire sa vie tout seul.

Sur la moitié des morceaux, tu as travaillé avec d’autres artistes, comme Ibrahim Maalouf. Pourquoi ce choix ?

Pour beaucoup, c’était des propositions du label. On m’a mis en studio avec plein de gens, on a vu ce qu’il se passait. Et le résultat a été super enrichissant, je n’avais jamais fait ça. J’ai aussi invité quelques artistes sur l’album, et ils ont répondu présents, comme Ibrahim Maalouf ! On a passé un mois en studio avec tout le monde, c’était un super moment. Ça a donné naissance à de belles choses, que je n’ai pas forcément gardées. Peut-être que ces morceaux sortiront un jour…

Lorsque l’on écoute ta musique, on a envie de se poser face un coucher de soleil à l’autre bout du monde. Tu aimes bien voyager ?

Ouais carrément. Ça fait longtemps que je n’ai pas voyagé pour moi, avec mon sac à dos. Mais avec la tournée, je voyage beaucoup. Dans l’art, ce que je recherche, c’est un moment d’évasion, quelque chose qui va m’emmener loin. Naturellement, dans ma musique, j’essaie de m’évader, et de faire s’évader les gens qui m’écoutent. Les voyages m’inspirent.

 

 

Tu as fait notamment une tournée américaine avant la sortie de cet album et tu y es retourné en mai. Quelles différences tu observes dans l’accueil que l’on fait à ta musique, et plus généralement à la musique électronique ?

Le public américain n’a pas les barrières que l’on peut avoir en France. Ici, on a vite tendance à mettre les projets dans des cases, à catégoriser tout. Pour moi, le meilleur exemple est Odesza : il plaît beaucoup aux États-Unis, avec un public varié, très hippie. En France, on va vite les catégoriser comme de l’EDM (Electro Dance Music) et leur public sera potentiellement des auditeurs de Fun Radio. Ils font uniquement un Olympia à Paris, alors qu’aux Etats-Unis, ils remplissent des stades, c’est triste. Les Américains assistent aux concerts et kiffent, et c’est mortel. Donc je dirais qu’il y a une vraie différence de public.

En parlant d’Odesza, quels sont les artistes qui t’inspirent ?

Il y a toujours des gros piliers comme Odesza, Bonobo et Deep Forest, que je continue à écouter avec plaisir. Sinon, je suis très inspiré par la “world music”, j’écoute de la musique africaine, de la musique asiatique, du jazz, du funk, etc. L’univers du cinéma, de la BD, de la peinture, l’art plastique et toutes les formes d’art m’aident beaucoup dans mes compositions. J’essaie de rester à l’affût de ce qui sort, et pas seulement dans la musique électronique.

À propos de ces autres formes d’arts, parlons de tes clips. Pour “Lost In Time” et “Chakra”, ce sont “Les Gentils Garçons” qui les ont réalisés. Comment s’est passée votre collaboration ?

C’était un souhait de ma part car j’avais adoré leur boulot sur les clips de Dream Koala. On est entré en contact, on a discuté un peu de ce qu’on voulait faire, et on a créé l’image de cet album. Avec deux morceaux, ces clips participaient à donner le ton de All Glows. Je voulais un côté complètement perché et psyché, et je suis fier d’avoir expérimenté ça. Comme je le disais tout à l’heure, je vais revenir à des trucs plus roots maintenant.

 

 

Tu veux revenir à des trucs plus roots, tu as quoi en tête ?

En ce moment, j’écoute énormément de musique africaine et j’ai très envie de partir à la rencontre des gens là-bas. All Glows est constitué de collaborations très pop ; pour le prochain album, ce sera des collaborations très “world”. je veux mettre l’accent à fond là-dessus. Avec All Glows, je me suis lancé dans la bataille de la pop, avec des morceaux cool à passer sur la radio. Mais c’est une bataille infinie, et Major Lazer le fera toujours mieux que toi. Ce qui compte dans les projets électroniques, c’est l’identité. Il faut assumer son identité à mort et foncer.

Tu penses que ton public préfère le Fakear d’avant ou l’actuel ?

Je ne sais pas ce qu’il préfère, mais All Glows m’a ouvert à un autre public, à un autre genre. Le public était assez friand des morceaux purement instrumentaux, avec les petits samples de voix, qui se rapprochent de ce qui a toujours défini Fakear. Je veux me replonger dans l’essence du projet.

Ta pochette d’album représente la nature. C’est important pour toi ?

Dans ma musique, j’essaie d’être le plus proche possible de la nature. Musicalement, j’ai toujours voulu défendre cette vision de la vie : retournons à nos instincts, proche de la nature, et n’oublions pas que nous sommes tous des animaux. M’orienter vers la nature à travers mes pochettes d’albums ou mon identité graphique me permet de lier mes projets aux autres formes de vie. Même dans les clips complètement 3D comme Chakra, il y a ce lien entre cette fille et ce poulpe géant, un animal un peu mystique.

C’est pour ça que tu as quitté Paris pour t’installer en Suisse ?

C’est pour ça que j’ai quitté Paris. Mais je reviens ! Je me suis exilé pendant 3 ans. Ce qui m’est arrivé avec Fakear fût très soudain. À l’époque, je n’avais pas les épaules pour prendre Paris dans la tronche. Aujourd’hui, je me sens prêt. Et je suis content de retrouver la capitale, car ça bouge dans tous les sens. Et puis, si j’ai envie de nature, je retourne chez mes parents à Caen (rires).

Pour finir, qu’est-ce que je peux te souhaiter pour la suite ?

Ne pas me perdre à Paris et rester honnête dans ce que je fais. L’identité, l’honnêteté, la vérité… c’est ce qui compte. Il faut éviter les batailles qui ne sont pas les siennes.

Propos recueillis par Benjamin Aleberteau.

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